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Je vous ai parlé il y a quelques jours du « génie tunisien » dans un post intitulé « autoritarisme ou dictature ».
Rappelons que ce « génie » est employé non pas pour tirer la Tunisie vers le haut mais plutôt pour instaurer ce qu’on peut appeler « la concurrence par le bas » c’est-à-dire à celui qui sera le plus vile et le plus roublard toute la gloire et l’admiration. Si tu baisses la tête ton concurrent courbe l’échine, et un autre de se mettre à genoux pour qu’un troisième vous dame le pion pour se mettre à plat ventre, telle est la concurrence par le bas, le sport favori des Tunisiens soucieux de leurs petits intérêts immédiats. Un tel état d’esprit est créatif car dans ce genre de concurrence encouragée par le régime il n’y a pas de limite, tous les coups sont permis d’où le développement d’un « génie tunisien » qui excelle dans l’art de la bassesse comme par exemple de coup de la serrure.
Qui aurait pensé qu’un organe représentatif et légitime comme celui de l’association des Magistrats pouvait être démantelé par un simple changement de serrure et priver ses membres d’accéder à ses locaux et de ce fait se trouver exclus et remplacer par un autre comité ? La symbolique de la serrure est éloquente car en faisant sauter une le régime à installer une autre faite sur mesure, pour mieux verrouiller, cadenasser, barrer l’entrée aux indésirables, aux perturbateurs, aux empêcheurs de torturer en rond.
Une serrure c’est rien et beaucoup à la fois, c’est rien car c’est avec un rien et une facilité déconcertante que le régime démantèle, parachute et impose la volonté du plus fort dans l’indifférence totale aussi bien du peuple tunisien que des chancelleries étrangères. Mais c’est beaucoup car c’est le droit qu’on met sous scellé, c’est l’Etat de droit ou du moins ce qu’il en restait qu’on enferme et on cadenasse pour longtemps encore. Cette fois-ci la clef de cette nouvelle serrure n’est plus entre les mains des magistrats, mais à Carthage bien gardée et les magistrats dociles et adeptes de la concurrence par le bas remettent leur « honneur » et leur « droit » bien volontiers à leur geôlier et vont même bien plus loin en se pavanant à la télé fier d’avoir crier leur allégeance au régime. Quel triste spectacle que nous offre une partie non négligeable de corps de la magistrature, ceux-là même qui sont censés dire le droit et faire régner la justice. Pourquoi reproche-t-on alors au pauvre citoyen pris dans le tourbillon de la manipulation et de la terreur de ne pas se soulever pour réclamer ses droits ?
Quel manque de maturité aussi chez certains de nos compatriotes qui voient sous leur nez se déployer une stratégie désuète celle qui consiste à dresser une partie d’un corps contre une autre (« magistrats » contre magistrats, « journalistes » contre journalistes, « partis » contre partis,...) et faire la part belle au régime qui se nourrit des cadavres des uns et des autres, sans que cela ne suscite la moindre émotion pour ne pas dire la moindre réaction !!!
Tant que les serrures sont si faciles à changer, Ben Ali peut toujours boire son champagne et manger du caviar iranien à la cuillère car le « génie tunisien » ne manquera pas d’imagination. |