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L’inhumation de Yasser Arafat a eu lieu vendredi dans son QG de Ramallah, en Cisjordanie, dans une ambiance frisant l’hystérie collective qui contrastait avec la rigidité protocolaire des obsèques officielles célébrées peu avant au Caire. L’enceinte de la Moukata’a, où Arafat a été confiné par les blindés israéliens pendant les deux dernières années de sa vie, a littéralement été prise d’assaut par des milliers de Palestiniens avant l’arrivée de l’hélicoptère acheminant depuis l’Egypte le cercueil couvert du drapeau palestinien. Neuf personnes ont été blessées à Ramallah, dont une grièvement, par des coups de feu tirés en l’air par la foule en pleurs. Quelques heures auparavant dans la grande banlieue du Caire, les dirigeants d’une cinquantaine d’Etats étrangers ont rendu un dernier hommage au président palestinien, lors d’obsèques officielles auxquelles la population égyptienne n’avait pas été conviée. Les scènes de quasi-hystérie collective de Ramallah et la petite manifestation qui s’est tenue à la mosquée d’Al Azhar du Caire sont venues témoigner de la popularité dans le monde arabe d’un homme qui a incarné pendant 40 ans la cause palestinienne. L’ancien chef de guérilla, récompensé pour ses efforts en faveur de la paix au Proche-Orient en 1994 par le Prix Nobel, est décédé jeudi matin à l’âge de 75 ans à l’hôpital militaire Percy, en banlieue parisienne, où il avait été admis le 29 octobre.
Honneurs militaires égyptiens
Israël ayant de longue date fait savoir qu’il ne permettrait pas que Yasser Arafat repose, comme il le souhaitait, à Jérusalem, Le Caire s’est proposé pour organiser les funérailles officielles. Ses biographes s’accordent à dire qu’Arafat serait né en Egypte en 1929. Un grand nombre de dirigeants arabes n’auraient en outre pas pu se rendre dans les territoires palestiniens si les funérailles du "raïs" y avaient été organisées. Le gouvernement égyptien a réservé les honneurs militaires à la dépouille d’Arafat, dont le cercueil a été transporté lors d’une courte procession sur un affût de canon tiré par six chevaux noirs et précédé de militaires en uniforme d’apparat. Cette cérémonie avait débuté par des prières dites par le plus haut dignitaire religieux d’Egypte, Mohamed Saïd al Tantaoui, grand cheikh de la mosquée Al Azhar. Dans l’assistance, des chefs d’Etat du monde arabe, comme le Syrien Bachar el-Assad, finalement venu malgré les relations conflictuelles de son père et d’Arafat, le président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, le prince Abdoullah d’Arabie saoudite, et un grand nombre de ministres européens des Affaires étrangères, comme le Britannique Jack Straw ou le Français Michel Barnier. Les Etats-Unis étaient représentés par le secrétaire d’Etat adjoint Richard Burns et par le consul à Jérusalem, David Pearce. Israël, en revanche, a boycotté la cérémonie. "La douleur du peuple palestinien n’est pas la nôtre", avait déclaré jeudi sur Radio-Israel le vice-Premier ministre israélien Ehud Olmert. "Nous n’allons pas pleurer quelqu’un qui a tué certains des nôtres". Lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre britannique Tony Blair, le président américain George Bush a offert ses condoléances au peuple palestinien. "Je pense que nous avons une grande chance d’établir un Etat palestinien", a déclaré Bush, se disant prêt à travailler lors des quatre années à venir pour aider à la création de cet Etat palestinien.
"Nous t’honorons, Abou Ammar"
De son côté, le ministre palestinien Saëb Erekat a affirmé vendredi que les Palestiniens souhaitaient la paix avec Israël et exhorté l’Etat hébreu à retirer ses forces des villes palestiniennes pour faciliter la tenue d’élection après la mort de Yasser Arafat. "Tout ce qu’Israël a à faire est de retirer ses soldats de nos zones d’habitations", a dit Saëb Erekat sur les ondes de la deuxième chaîne de télévision israélienne "Si nous pouvons les organiser, ces élections seront un tournant". "Nous souhaitons la paix", a-t-il ajouté. Au Caire, nombre d’habitants ont fait part de leur amertume d’avoir été tenus à l’écart de la cérémonie. "Comme d’habitude, les gouvernements arabes, et l’Egypte en particulier, ont montré qu’ils avaient peur de la rue", a déclaré l’avocat Zyad el-Alaimy, qui faisait partie des centaines de personnes qui se sont rassemblées à Al Azhar après les prières du vendredi pour saluer la mémoire du "raïs". Les obsèques officielles ont eu lieu près de l’aéroport, loin du centre ville afin de prévenir tout débordement éventuel de la rue arabe. Dans les territoires, les responsables palestiniens ont en revanche été totalement dépassés par les milliers de partisans d’Arafat qui ont envahi la place où devait atterrir les hélicoptères. Il était initialement prévu que la dépouille soit exposée à la Moukata’a avant l’inhumation proprement dite, mais compte tenu du chaos ambiant, le corps a été directement conduit dans un tombeau de marbre blanc abrité par des arbres et paré du légendaire keffieh à damiers blanc et noir. "Il a été porté en terre en avance en raison de l’émotion de la foule. Nous n’avions pas le choix", a dit à Reuters un responsable palestinien. Les policiers ont dû tirer en l’air pour tenter de tenir la foule à l’écart et on déplore neuf blessés. "Avec notre sang et notre âme, nous t’honorons, Abou Ammar", chantait la foule, utilisant le nom de guerre de leur ancien dirigeant qui ne verra jamais naître l’État indépendant pour lequel il s’est battu. Dans une cohue indescriptible, le cercueil a été extrait de l’hélicoptère puis placé sur un véhicule se frayant difficilement un chemin au milieu de la foule en délire qui est parvenue à arracher le drapeau palestinien le recouvrant.
Ramallah - Le Caire Reuters - 12 - 11 - 2004
Honneurs militaires pour les funérailles d’Arafat au Caire
De nombreux chefs d’État et monarques arabes et ainsi que d’autres dignitaires étrangers ont assisté vendredi aux funérailles de Yasser Arafat au Caire, une cérémonie empreinte de solennité et de gravité avec les honneurs militaires, mais en l’absence du public tenu à l’écart. Le cercueil du président de l’Autorité palestinienne a été transporté dans un fourgon mortuaire de l’hôpital Al Galaa jusqu’à une mosquée proche de l’aéroport international du Caire où la cérémonie a commencé, dans une zone militaire inaccessible aux civils. Cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, recteur d’Al-Azhar, la plus haute autorité sunnite, a ensuite dit la prière des morts traditionnelle "Arafat a rempli sa mission de défenseur de la cause palestinienne avec courage et honnêteté", a-t-il dit, demandant le pardon de Dieu pour le défunt et tous les musulmans. Le cercueil, couvert du drapeau palestinien, a été porté par huit officiers égyptiens, dans la petite mosquée Al Galaa où se pressaient des dizaines de dignitaires étrangers. Immédiatement après la prière, les officiels étrangers ont présenté leurs condoléances aux responsables palestiniens qui assureront l’intérim du pouvoir dans les territoires palestiniens. Un chapiteau était dressé près de la mosquée Al Galaa pour les condoléances. Un responsable lisait des versets du Coran. Les responsables palestiniens ont reçu les condoléances debout, rangés selon un protocole établi. Etaient présents, Mahmoud Abbas président de l’Organisation de libération de la palestine (OLP), Farouk Kaddoumi, chef du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, Rowhi Fattouh, président du Conseil législatif et président par intérim de l’Autorité palestinienne, et Yasser Abed Rabbo, proche conseiller de Arafat. La veuve de Yasser Arafat, Souha, ainsi que sa fille Zahwa, 9 ans, toutes les deux en larmes, ont assisté en compagnie de la femme du président Hosni Moubarak aux honneurs militaires rendus après la cérémonie dans la mosquée. Le cercueil de Yasser Arafat a été placé sur un affût de canon tiré par six chevaux noirs, marquant le début d’une procession au cours de laquelle les invités ont marché quelques centaines mètres derrière la dépouille mortelle, en signe d’accompagnement du défunt vers sa dernière demeure Ces funérailles ont été organisées en Égypte du fait de l’impossibilité pour certaines chefs d’État et hauts responsables étrangers de se rendre dans les territoires palestiniens. De nombreux chefs d’Etat et monarques arabes et musulmans ont assisté aux funérailles, y compris le roi Abdallah II de Jordanie, le prince héritier saoudien Abdallah, le président syrien Bachar el Assad, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono. Le président d’Afrique du sud Thabo Mbeki était venu aussi. Le chef du bureau politique de l’organisation radicale palestinienne Hamas, Khaled Mechaal, était présent dans l’assistance. Aucun chef d’Etat occidental n’a en revanche fait le déplacement au Caire. Les États-unis devaient être représentés par Williams Burns, secrétaire d’État adjoint chargé du Proche-Orient. L’Allemagne, la France et l’Espagne devaient être représentés par leurs ministres des Affaires étrangères, respectivement Joschka Fischer, Michel Barnier et Miguel Angel Moratinos. La cérémonie s’est achevée lorsque le cercueil de Yasser Arafat a été placé dans un avion militaire égyptien, pour son transfert vers Ramallah (Cisjordanie). Le C-130 de l’armée de l’air égyptienne devait transporter le cercueil jusqu’à El-Arich (nord du Sinaï), où il sera placé dans un hélicoptère militaire égyptien, qui le transportera jusqu’à Ramallah. Le président de l’Autorité palestinienne doit être inhumé au milieu de l’après-midi dans la Mouqataa où il a vécu reclus par Israël les trois dernières années de sa vie.
Agence France-Presse Le Caire - 12 - 11 - 2004 |