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Au lendemain de la gigantesque cohue déclenchée par le rapatriement à Ramallah de la dépouille mortelle de Yasser Arafat, les Palestiniens ont commencé samedi à défiler dans le calme devant sa tombe spécialement aménagée à la Moukataa, l’ancien QG où l’armée israélienne l’avait confiné ces trois dernières années. Située à l’ombre des arbres, son tombeau est devenu ainsi dès samedi un but de pèlerinage pour les Palestiniens qui y ont déposé, qui des branches d’olivier, qui le drapeau palestinien ou encore un keffieh, la coiffe qu’affectionnait le vieux raïs, symbole de la lutte pour un État indépendant.
Reuters - Ramallah 13 - 11 - 2004
Souha Arafat et sa fille n’ont assisté qu’à une partie des obsèques
En pleurs, la veuve de Yasser Arafat, Souha, et sa fille Zahwa, neuf ans, ont assisté à une partie des funérailles officielles du président de l’Autorité palestinienne vendredi au Caire. Souha, habillée de noir, les cheveux couverts d’un foulard, debout à côté de l’épouse du président Hosni Moubarak, Suzanne, était présente avec sa fille lors des honneurs militaires rendus au dirigeant défunt après la cérémonie dans la mosquée. Conformément aux règles de l’islam, les femmes n’ont pas été admises pendant cette cérémonie. Souha Arafat se trouvait dans un salon proche de la mosquée, en compagnie de Mme Moubarak. Se serrant contre sa mère, la fille unique d’Arafat a été réconfortée par la première dame égyptienne. Zahwa porte le nom de la mère du dirigeant défunt, Zahwa Abou Esaoud, née à Jérusalem et apparentée aux Husseini, l’une des plus célèbres familles palestiniennes de la Ville sainte, qui compte nombre d’intellectuels et de dignitaires religieux. Sixième de sept enfants, Yasser Arafat, né en 1929, n’avait pratiquement pas connu sa mère, décédée en 1933. Zahwa a fait l’objet de toutes les attentions lors des funérailles. Les invités, parmi lesquels les principaux chefs d’Etat arabes, émus par l’enfant en pleurs, y sont allés chacun de leur geste de consolation. Voyant les larmes de l’enfant redoubler alors que des officiers égyptiens poussaient le cercueil de son père dans l’avion militaire, un journaliste de la télévision égyptienne s’est écrié en direct à l’antenne : "ne pleure pas Zahwa, ton père n’a jamais versé une larme, car tous les enfants arabes partagent avec toi ta fierté et ta dignité". Souha Arafat n’a pas assisté à la suite des funérailles de son mari qui se sont déroulées vendredi à Ramallah, en Cisjordanie, préférant rester au Caire pour y recevoir les condoléances. Avant le décès de son mari, Mme Arafat avait suscité une polémique en accusant les principaux dirigeants de la direction palestinienne intérimaire de vouloir "l’enterrer vivant" pour hériter du pouvoir. "Elle a décidé de rester au Caire pour recevoir les condoléances (...) Ensuite, elle se rendra en France ou en Tunisie", pays où elle partage son temps, a précisé une de ces sources. Souha, cadette de 34 ans de son mari, décédé à 75 ans, a secrètement épousé ce dernier en 1990. Elle a suscité de vives critiques en empêchant de vieux compagnons de route de son mari de se rendre à son chevet à l’hôpital militaire Percy dans la banlieue parisienne où il avait été admis le 29 octobre à la suite d’une brusque dégradation de son état de santé. Souha a quitté les territoires palestiniens après le déclenchement de l’Intifada en septembre 2000 et n’y a remis les pieds qu’il y a deux semaines pour faire évacuer vers Paris son époux malade, qui a passé ses trois dernières années dans la Mouqataa, son QG à Ramallah, cerné par l’armée israélienne.
Agence France-Presse Le Caire - 13 - 11 - 2004
Yasser Arafat inhumé à la Mouqataa dans de la terre de Jérusalem
La dépouille du chef historique des Palestiniens Yasser Arafat a été inhumée avec de la terre de Jérusalem vendredi à la Mouqataa, son quartier général de Ramallah en Cisjordanie, entourée d’une foule énorme de Palestiniens venus lui exprimer leurs derniers adieux. Des dizaines de milliers de Palestiniens ont scandé : "Avec notre âme, avec notre sang, nous te soutiendrons Abou Ammar", le nom de guerre d’Arafat, tandis qu’une immense banderole montrant le visage souriant du "raïs" avait été tendue dans la Mouqataa. Cheikh Tayssir al-Tamimi, le chef des tribunaux religieux palestiniens qui était venu au chevet de Yasser Arafat dans la banlieue parisienne mercredi à la veille de sa mort, a versé de ses mains de la terre apportée spécialement par camion de la Ville sainte, pour en recouvrir le corps du chef palestinien. Yasser Arafat, qui s’est éteint après une longue agonie à l’âge de 75 ans, souhaitait être enterré à Jérusalem, ce que lui avait refusé le Premier ministre israélien Ariel Sharon. Des centaines de militants, les épaules drapées du traditionnel keffyeh à damiers, dont certains armés et masqués, se sont pressés pour essayer de toucher avec ferveur le cercueil de leur chef lorsqu’il a lentement traversé la foule compacte. La plupart agitaient des drapeaux palestiniens. Quelques drapeaux français étaient également brandis. Des membres des forces de sécurité palestiniennes en uniforme vert olive et noir ont tenté de maintenir l’ordre en tirant des rafales d’armes automatique en l’air. La cohue a été à certains moments indescriptible, au point d’empêcher la sortie du cercueil de l’hélicoptère pendant une vingtaine de minutes. Au moins cinq personnes ont été blessées par des tirs d’armes à feu, des dizaines d’autres se sont évanouies dans le bousculade, dont le secrétaire de la présidence palestinienne Tayeb Abdelrahim, tandis que les ambulances faisaient hurler leurs sirènes pour se frayer un chemin dans la cohue. Immédiatement après la mise en terre, la foule a entamé une prière, accompagnée par les dirigeants palestiniens, dont le numéro un de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Mahmoud Abbas ainsi que le Premier ministre palestinien Ahmad Qoreï. Si la disparition d’Arafat marque un développement crucial, elle "ne marque pas la fin d’une ère", a déclaré à l’AFP Nasser al-Qidwa, neveu d’Arafat et représentant palestinien à l’ONU. "Nous avons tous une lourde responsabilité à assumer, mais nos institutions sont solides et nous pouvons nous engager sur la bonne voie", a-t-il dit. "Nous vivons une période difficile, mais l’essentiel est que le peuple suive la voie tracée par le président Arafat", a déclaré celui qui fut son principal copnseiller Nabil Abou Roudeinah. Autour de lui, des milliers de personnes ont réussi à forcer les minces barrages des forces de sécurité qui tentaient de les empêcher d’entrer dans l’enceinte du quartier général, avant d’en laisser pénétrer un grand nombre. D’autres s’étaient hissés sur les murs d’enceinte de la Mouqataa, agrippant à pleines mains les barbelés, brandissant des portraits de Yasser Arafat. Une construction en bois s’est effondrée sous la pression de la foule, faisant des blessés. Dans la foule, se trouvaient des Palestiniens de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie et des Arabes israéliens de Nazareth (nord d’Israël), arrivés par autobus. Femmes et enfants étaient également là en nombre. Une délégation de 15 Français de l’ONG "Mission civile pour la protection du peuple palestinien" est aussi arrivée de Tulkarem et de Naplouse. A Jérusalem, les cloches des églises ont sonné au moment où le dirigeant palestinien était mis en terre. Avant son transfert à Ramallah à bord d’un hélicoptère égyptien, Arafat avait reçu un hommage solennel de dizaines de dignitaires mondiaux, dont des monarques et des chefs d’Etat arabes, lors d’une cérémonie militaire qui s’est déroulée loin du public près de l’aéroport international du Caire. En pleurs, la veuve de Yasser Arafat, Souha, et sa fille Zahwa, neuf ans, ont assisté à une partie des funérailles au Caire. Mais elles ne se sont pas rendues à la Mouqataa. Côté israélien, l’armée et la police avaient été placées en état d’alerte très élevée pour faire face à d’éventuels débordements. L’armée avait déployé plusieurs bataillons de renforts en Cisjordanie, soumise à un bouclage strict, tout en éloignant ses forces des secteurs habités pour éviter des heurts, selon une source militaire. La police en Israël avait été placée en état d’alerte de niveau maximum 4, décrété en cas de guerre. D’importantes forces avaient été déployées à Jérusalem-est, principalement autour de l’esplanade des Mosquées, où des restrictions draconiennes ont été imposées à l’entrée des fidèles musulmans de sexe masculin. Seuls des musulmans âgés de plus de 45 ans, Arabes israéliens ou résidents de Jérusalem-est annexée, ont été autorisés à venir prier sur l’Esplanade, troisième lieu saint de l’islam, pour le dernier vendredi du mois de jeûne sacré du ramadan.
Agence France-Presse Ramallah - 12 - 11 - 2004 |