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L’opposition ukrainienne a durci le ton et appelé les manifestants à bloquer de nouveau les bâtiments officiels dans le centre de Kiev, à l’exception du parlement, afin de donner à celui-ci une "nouvelle chance" après l’incapacité des députés à s’entendre sur une motion de censure contre le gouvernement. Si le parlement ne saisit pas cette nouvelle chance de démettre le gouvernement de ses fonctions, l’opposition estime qu’elle aura épuisé tous les moyens politiques et que la phase de "résistance" commencera alors. "Je ne suis pas habilité à dire ce que nous ferons si le parlement ne prend pas la décision (de censurer le gouvernement)", a déclaré un dirigeant de l’opposition, Mykola Tomenko, à la foule massée place de l’Indépendance, dans le centre de Kiev. "Nous voyons bien que le potentiel des moyens politiques s’épuise. Lorsque ce potentiel le sera effectivement, nous agirons dans le cadre de la résistance civile." Un des dirigeants de l’opposition, Oleksander Zintchenko, a annoncé que les partisans de Iouchtchenko s’étaient retirés des négociations engagées avec la partie adverse sur la crise. "Nous annonçons que nous nous sommes retirés du processus de négociation. Nous renouvelons le blocus des bâtiments gouvernementaux et exigeons que le parlement se réunisse de nouveau en session extraordinaire (aujourd’hui) à 20h00 ou 21h00", a-t-il dit, cité par l’agence de presse russe Interfax. "Nous demandons à tous les députés de se tenir prêts à y participer et appelons tous nos partisans à se mobiliser". Lorsque la foule a appris que les députés n’avaient pas réussi à s’entendre sur un vote de censure, elle a franchi les grilles du parlement et s’est arrêtée devant l’entrée principale. Le président du parlement Volodimir Litvine a alors appelé les manifestants à ne pas envahir le parlement, "dernier pilier de la démocratie" selon lui, et Tomenko leur a rappelé qu’aucun blocus ne devait être imposé au parlement, seuls les bâtiments gouvernementaux étant visés. Avant que le parlement ne décide de mettre fin à sa session extraordinaire sur la crise politique en cours, Viktor Iouchtchenko, candidat malheureux de l’opposition à la présidentielle, avait lancé aux députés : "Ce gouvernement doit démissionner en raison des idées séparatistes propagées dans l’est (russophone) du pays, mais aussi pour la fraude orchestrée durant l’élection présidentielle et en raison du budget qu’il a défendu". Mardi soir, le parlement ukrainien a repoussé à mercredi la session extraordinaire consacrée à l’examen d’une motion de censure du gouvernement de Viktor Ianoukovitch, vainqueur officiel de l’élection présidentielle du 21 novembre. "Nous avons convenu de commencer nos travaux demain à 10h00 (09h00 en France)", a déclaré le président du parlement, Volodimir Litvine. "Le plus important désormais, c’est de ne pas céder aux émotions. Des décisions doivent être prises avec le sens des responsabilités et autant que possible dans un cadre légal." Les dirigeants de l’opposition, qui contestent dans la rue et au niveau des institutions la victoire de Ianoukovitch, avaient auparavant exprimé la volonté de réunir le parlement en séance extraordinaire dès mardi soir afin d’étudier la motion de défiance sur laquelle les députés n’ont pas pu se mettre d’accord quelques heures plus tôt.
Solana mercredi à Kiev
Le référendum sur le statut de la région orientale du Donetsk, russophone et favorable au Premier ministre Viktor Ioukanovitch, proclamé officiellement vainqueur de la présidentielle, aura lieu plus tard que prévu, a déclaré mardi un responsable. Le référendum était initialement prévu pour dimanche prochain, mais le débat attendu pour ce mardi au parlement régional a été différé et l’organisation d’un scrutin dans la région en quatre jours semble impossible. On ignore même si les électeurs seront consultés sur la question épineuse de l’autonomie, a déclaré le gouverneur de la région de Donetsk, Anatoli Blizniouk. A Kiev, pour la deuxième journée consécutive, la Cour suprême examinait mardi un appel déposé par Iouchtchenko visant à faire annuler le second tour du 21 novembre. La situation politique commence à avoir des retombées économiques, au point que la banque centrale a pris une série de mesures pour empêcher la population de retirer son argent des comptes et de provoquer de la sorte une crise financière. Ianoukovitch, qui semble de plus en plus isolé dans la crise politique, a proposé de nouveau à l’opposition un accord de partage du pouvoir. "J’en appelle à Viktor Andreïevitch Iouchtchenko. Pour le troisième jour, je suis prêt à des discussions. On nous accuse de ne pas vouloir de pourparlers transparents. Cela n’est pas vrai", a-t-il dit mardi. "Si les fraudes (dont l’opposition accuse le pouvoir) ne sont pas démontrées et si la Cour suprême se prononce en faveur de ma victoire, je suis prêt à offrir à Viktor Andreïevitch Iouchtchenko le poste de Premier ministre", a-t-il dit. Face à la persistance des blocages, le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, se rendra une nouvelle fois demain mercredi en Ukraine pour tenter d’y dénouer la crise politique, a déclaré la présidence néerlandaise de l’Union européenne. Viendront aussi mercredi à Kiev, en tant que médiateurs, les présidents polonais, Alexander Kwasniewski, et lituanien, Valdas Adamkus, ainsi que le président du parlement russe, Boris Gyzlov, un proche de Vladimir Poutine. Solana est également attendu à Moscou, qui soutient Viktor Ioukanovitch. Le président Poutine, et le chancelier allemand, Gerhard Schröder, sont convenus lors d’un entretien téléphonique de respecter les résultats d’un nouveau scrutin présidentiel éventuel en Ukraine, annonce mardi le gouvernement allemand. Le Kremlin, dans un communiqué, ne fait pas mention d’un éventuel nouveau scrutin.
Margarita Antidze et Oliver Bullough Reuters - Kiev - 30 - 11 - 2004 |