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Un cinéaste tué au nom de l’islam radical, des représailles violentes contre la communauté musulmane : les Pays-Bas, réputés pour leur tolérance, sont déchirés par des tensions inter-communautaires deux ans après que le tabou sur l’immigration a volé en éclat. "Nous devons continuer à vivre dans le même pays", a rappelé le maire d’Eindhoven, où une bombe a explosé lundi dans une école islamique, en appelant Néerlandais de souche et immigrés, notamment musulmans, à serrer les rangs. Mais selon un sondage, 40% des Néerlandais souhaitent que les 900.000 musulmans du pays, sur 16 millions d’habitants, ne "se sentent plus chez eux" après l’assassinat du réalisateur Theo van Gogh par un Néerlandais possédant également la nationalité marocaine. Malgré les condamnations sans appel de l’assassinat par les musulmans des Pays-Bas, les réactions négatives à l’égard de cette communauté se sont multipliées. Pour 80% des Néerlandais, des mesures plus dures doivent être prises pour l’intégration des immigrés, l’assassinat par un musulman extrémiste étant pour certains la preuve de l’échec de la politique d’intégration multiculturelle des Pays-Bas. En dépit de son image dans le monde, "les Néerlandais ont plus de mal que certains à accepter à part entière des gens qui sont bien intégrés mais qui ont une autre couleur de peau ou une autre religion", analyse le professeur Han Entzinger, spécialiste des migrations et de l’intégration à l’Université Erasme de Rotterdam. "Nous sommes en fait une société très fermée". Les Pays-Bas ont longtemps vécu "les uns à côté des autres mais pas les uns avec les autres", au nom du traitement égalitaire dont devaient bénéficier protestants et catholiques. Pourtant, "c’est excessif de dire que l’intégration a échoué", estime-t-il. "Vous ne pouvez pas conclure à partir de l’acte d’un extrémiste qui est visiblement dérangé que vingt ans de politique d’intégration ont échoué, cela ne correspond pas aux faits". Selon un rapport parlementaire de 2003, établi après des centaines d’entretiens et de mois de recherche, l’intégration des immigrés aux Pays-Bas était plutôt "réussie". Pour Meindert Fennema, politologue à l’université d’Amsterdam, le fait que Mohammed Bouyeri, le meurtrier présumé, soit né et ait grandi à Amsterdam en dépit de sa double nationalité marocaine a un lien avec le débat sur l’intégration. Un rapport des services de renseignement néerlandais (AIVD) a montré que quelques dizaines de jeunes Néerlandais musulmans, qui se sentent mal intégrés, étaient sensibles au discours sur le Jihad. "Ce phénomène touche les Pays-Bas davantage en raison de la manière dont est mené le débat sur l’intégration qu’en raison de l’intégration elle-même", juge M. Fennema. Il critique notamment l’attitude passée d’un pays qui dans une obsession du politiquement correct "avaient banni toute possibilité de critique contre la politique d’intégration". Une fois le tabou brisé, avec l’apparition du leader populiste Pim Fortuyn il y a deux ans et sa formule à succès "la coupe est pleine", "tout s’est lâché", selon lui. "Aujourd’hui, tout le monde est appelé à qualifier les musulmans de +baiseurs de chèvre+ (expression employée publiquement par Theo van Gogh, ndlr) et si vous dites qu’on pourrait parler avec un peu plus de respect vous êtes qualifiés d’adeptes de la vieille politique et discrédités", ajoute M. Fennema. Tout en souhaitant une discussion respectueuse, ces experts rejettent un retour du "politiquement correct" dans le débat sur l’immigration et insistent sur la nécessaire confrontation des points de vue, notamment sur la place de l’islam dans l’Occident du 21ème siècle. Ils se réjouissent de la réaction de la communauté musulmane mais l’appellent à participer plus activement à ce débat. D’autant que plusieurs personnalités politiques dont la députée d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali sont menacées de mort suite à leurs critiques virulentes contre l’islam radical.
Agence France-Presse 10 - 11 - 2004
Une école coranique incendiée aux Pays-Bas
Une école musulmane a été livrée aux flammes mardi au village d’Uden, dans le sud des Pays-Bas, où des incendiaires ont laissé un message faisant allusion à l’assassinat du cinéaste et chroniqueur controversé Theo van Gogh, a rapporté la télévision néerlandaise. Le maire d’Uden a déclaré à la chaîne NOS que l’incendie semblait lié à la mort de van Gogh, tué mardi dernier à Amsterdam dans un attentat à caractère islamiste. Selon NOS, le message disait "Theo repose en paix". Van Gogh a été incinéré ce mardi à Amsterdam lors d’une cérémonie retransmise en direct par la télévision nationale. Il n’y a pas eu de victime, mais la télévision a diffusé des images de pompiers luttant contre le feu qui avait embrasé le toit du bâtiment.
Reuters - Amsterdam 10 - 11 - 2004
Trois policiers néerlandais blessés au cours d’une opération antiterroriste à La Haye
Trois policiers néerlandais ont été blessés mercredi matin dans l’explosion d’une grenade au cours d’une opération antiterroriste dans une maison de La Haye. Les autorités étaient allées jusqu’à fermer l’espace aérien pour les petits appareils au-dessus de la ville. Le premier procureur de La Haye Han Moraal a précisé que ce raid de la police néerlandaise entrait dans le cadre d’une enquête sur le terrorisme. Il a refusé toutefois de confirmer que cette opération était liée à l’assassinat, le 2 novembre dernier, du réalisateur controversé Theo van Gogh par un terroriste présumé. Au cours d’une conférence de presse, le chef de la police de La Haye Gerard Bouwman a précisé que des suspects étaient toujours retranchés dans la maison assiégée par les forces de police.
Associated Press La Haye - 10 - 11 - 2004

Pays-Bas : fin du siège de terroristes présumés à La Haye, deux suspects arrêtés
Les forces de sécurité néerlandaises ont mis fin mercredi soir au siège d’un appartement de La Haye, où s’étaient réfugiés mercredi plusieurs terroristes présumés, et deux suspects ont été arrêtés. "Au cours d’une action des unités spéciales de police, nous avons procédé à deux arrestations", a indiqué à l’AFP le porte-parole du parquet national Wim de Bruin. "Un des suspects a été blessé à l’épaule pendant l’arrestation", a ajouté le procureur. "L’enquête se poursuit. Dans l’intérêt de l’enquête nous ne ferons pas de déclaration supplémentaire à ce stade". Selon l’agence de presse néerlandaise ANP, un autre suspect lié à cette affaire a été interpellé à Utrecht (centre). M. de Bruin n’était plus joignable en soirée pour commenter cette information. Depuis l’aube, des terroristes présumés, qui ont lancé des grenades sur les policiers, blessant trois d’entre eux, étaient assiégés dans un appartement par d’importantes forces de sécurité. L’espace aérien avait été fermé au-dessus de la ville, siège du gouvernement néerlandais, des ambassades et de nombreuses organisations internationales. Les hôpitaux de La Haye avaient réservé des lits en cas d’assaut. Les autorités néerlandaises sont en alerte depuis l’assassinat le 2 novembre à Amsterdam du réalisateur Theo van Gogh, dont le meurtrier présumé est un Maroco-néerlandais qui aurait agi au nom de l’islam radical. Plusieurs lieux de culte ou écoles islamiques ont été la cible d’incendies ou de bombes. Après le dénouement, les enquêteurs ont fouillé l’appartement à la recherche d’explosifs éventuels, aidés par des robots, selon la télévision publique NOS. Le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende s’est dit inquiet de ce durcissement du climat général et a appelé solennellement la population à ne pas se laisser "emporter dans un tourbillon de violence", dans un discours au Parlement avant de rendre visite à une école islamique incendiée. A La Haye, le procureur Han Moraal a précisé dans la matinée que "ce matin, vers 02h45, une équipe de police avait tenté d’arrêter des suspects dans le cadre d’une enquête terroriste en cours". "Une grenade a été lancée vers les forces de police et a explosé, blessant trois agents", a-t-il ajouté. Deux des policiers ont été grièvement blessés, mais leurs jours ne sont pas en danger. Des coups de feu ont également été tirés, selon M. Moraal. Une habitante du quartier évacuée a affirmé à NOS avoir entendu une des personnes retranchées crier en néerlandais à un négociateur qui lui demandait de se rendre : "je te décapite, je te décapite". D’importantes forces de police et des unités anti-terroristes de l’armée avaient été déployées autour de l’appartement, dans le quartier Laakskwartier (ouest de La Haye), voisin de la gare internationale Hollandspoor. Des tireurs d’élite étaient postés sur les toits. Des ambulances placées aux abords du périmètre de sécurité, selon des journalistes. Les habitants de cinq rues du quartier, plusieurs dizaines de personnes, ont été évacués et accueillis par la mairie de La Haye. Six personnes, dont le meurtrier présumé, doivent être déférées devant la justice notamment pour participation à un réseau terroriste. Le parquet national a ouvert à cette occasion une deuxième enquête concernant les activités d’autres terroristes présumés aux Pays-Bas. Le parquet n’a cependant pas voulu préciser mercredi si l’opération de La Haye était liée à cette enquête ou à d’autres affaires ayant des liens avec le terrorisme. Selon les services de renseignement (AIVD), entre 100 et 200 extrémistes islamistes, dont d’anciens combattants d’Afghanistan et de Tchétchénie, seraient actifs aux Pays-Bas. Après l’assassinat de Theo van Gogh, le gouvernement néerlandais a lancé "une guerre" contre le terrorisme islamiste. Des moyens supplémentaires ont été débloqués pour les services de renseignement et de police, a annoncé le conseil des ministres la semaine dernière.
Agence France-Presse La Haye - 10 - 11 - 2004 |