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La police indonésienne a annoncé vendredi avoir reçu des Pays-Bas un rapport d’autopsie faisant état de présence d’arsenic dans le corps de Munir, un éminent défenseur des droits de l’Homme indonésien, mort le 7 septembre dans un avion en route pour Amsterdam. Munir, 38 ans, avait notamment dénoncé les exactions commises par les militaires indonésiens au Timor oriental. Il est décédé à bord d’un vol de la compagnie indonésienne Garuda Indonesia. Il avait fondé la Commission des disparus et des victimes de la violence (Kontras) à la fin des années 1990, une organisation qui s’emploie à dénoncer les morts de civils et les "exécutions extrajudiciaires" en Indonésie, un immense archipel en proie à diverses tensions séparatistes. "Les résultats (de l’autopsie) que nous avons reçus montrent que le corps de Munir contenait de l’arsenic et des métaux excédant les niveaux normaux, même si nous ne pouvons pas déterminer quand il les a consommés", a déclaré le responsable de la police Suyitno Landung. "Nous ne pouvons pas déterminer sous quelle forme l’arsenic a été consommé, s’il a été mélangé à de l’eau ou à d’autres substances", a-t-il précisé. Tapol, une ONG spécialisée dans la défense des prisonniers politiques et des victimes de la dictature de Suharto, a assuré dans un communiqué que Munir avait été "assassiné". Tapol, basée en Grande-Bretagne, s’est dite "profondément choquée" par les résultats de l’autopsie qui selon l’association "confirment ce que craignaient beaucoup de collègues (de Munir) : il a été assassiné". "A de nombreuses reprises Munir a mis en lumière l’implication des puissantes forces armées indonésiennes dans des actes de répression, s’attirant leur colère à de maintes reprises. De hauts gradés pourraient bien l’avoir considéré comme leur plus dangereux ennemi", estime Tapol. Selon le quotidien de référence néerlandais NRC Handelsblad, les médecins légistes néerlandais ont conclu que l’arsenic avait causé la mort de Munir et les autorités à La Haye ont estimé souhaitable l’ouverture d’une enquête. La veuve de Munir, Suciwati, a indiqué au site internet d’informations indépendant Detikcom qu’elle exigerait que les empoisonneurs éventuels soient poursuivis et condamnés. M. Landung a indiqué qu’une équipe d’enquêteurs indonésiens allait être envoyée à La Haye. Munir a forgé sa réputation à la fin des années 1990 en offrant un soutien légal aux victimes de la répression menée sous le régime du dictateur Suharto. Il avait été nommé membre d’une commission d’enquête sur les violations des droits de l’Homme en 1999 au Timor oriental (aujourd’hui Timor-Leste). Le 30 août 1999, ce petit territoire avait voté son indépendance, défiant Jakarta et ses milices. Le prix à payer pour l’ancienne colonie portugaise annexée par l’Indonésie fut la destruction de villages entiers, d’une grande partie des infrastructures et la mort de quelque 1.400 personnes. Le nouveau président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, un général en retraite, avait regretté le décès de Munir. "Les forces armées indonésiennes étaient critiquées, et je l’ai souvent été", avait-il déclaré. "Munir était là comme un outil de contrôle (...) pour nous interpeller si nous nous écartions des valeurs démocratiques".
Agence France-Presse 12 - 11 - 2004 |