|

Un puissant séisme a frappé dimanche matin le Sud-Est asiatique, provoquant des raz-de-marée qui ont fait plus de 6.300 morts, l’Inde et le Sri Lanka étant les plus touchés à ce stade. Dans le Tamil Nadu, Etat du sud-est de l’Inde, 1.625 personnes sont mortes. Dans l’Andhra Pradesh, environ 400 marins seraient portés disparus et 200 pratiquants hindous sont peut-être morts lors de leur traditionnelle baignade matinale. Les vagues géantes ont également fait 1.873 morts en Indonésie et 257 morts dans le sud de la Thaïlande selon les derniers bilans disponibles. Le séisme, d’une magnitude de 8,9 degrés sur l’échelle de Richter selon l’Institut américain de surveillance géologique (USGS), serait le cinquième le plus puissant qu’ait connu le monde depuis 1900. C’est le séisme le plus puissant depuis celui qui avait frappé l’Alaska en 1964, d’après l’USGS. Il s’est produit à 07h59 locales (01h59 heure française) au large des côtes de l’île indonésienne de Sumatra. Ses répercussions se sont fait sentir vers le nord, avec plusieurs répliques qui ont secoué les îles Andaman, dans l’océan Indien. Un véritable mur d’eau d’une dizaine de mètres de haut, provoqué par la secousse, a frappé l’Indonésie, les côtes du Sri Lanka et du sud de l’Inde ainsi que le sud de la Thaïlande.
Plusieurs îles évacuées en Thaïlande
Des touristes et des Thaïlandais ont été évacués de plusieurs îles dont celle de Koh Phi Phi, a déclaré Somsak Sunwansujarit, directeur général adjoint du Centre thaïlandais de gestion des catastrophes. Plusieurs plongeurs étrangers ont été tués alors que 70 d’entre eux exploraient la Grotte Emeral, dans le sud du pays, a fait savoir la police. Des secouristes ont été dépêchés sur l’île et tentent de mettre en place une opération de sauvetage dans cette grotte, où se trouvent des morts et des blessés même si aucun bilan précis n’est disponible. Plusieurs dizaines de touristes sont portés disparus dans le secteur, ont fait savoir les autorités. "Rien de semblable ne s’était encore produit dans le pays", a déclaré le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra. A Phuket, des responsables ont fait état de vagues de cinq à dix mètres de haut qui ont frappé des plages frangées d’hôtels. A Krabi, un étranger se trouve au nombre des morts. Mais les régions les plus touchées semblent être celles du sud et de l’est du Sri Lanka, des secteurs touristiques parsemés de plages. Le président de la chaîne hôtelière John Keels a déclaré que cinq de ses établissements étaient fortement inondés. Le raz-de-marée a fait 2.200 morts dans l’île, selon les services du Premier ministre. La présidente sri-lankaise Chandrika Kamaratunga a déclaré l’état de catastrophe nationale et lancé un appel à l’aide internationale d’urgence. L’île n’avait pas connu de raz-de-marée depuis 16 ans.
Saison touristique
Un responsable de la région de Trincomalee, dans l’est du pays, a fait savoir que 3.000 personnes avaient dû fuir leurs maisons, et que six villages étaient détruits. Sur la côte Sud de l’Inde, voisine, plus d’un millier de personnes ont trouvé la mort, selon un dernier bilan fourni par un responsable du gouvernement. Le Premier ministre Manmohan Singh a mis la marine en état d’alerte et a proposé son aide au Sri Lanka. Des centaines de pêcheurs sont portés disparus, ont indiqué des responsables gouvernementaux. A Madras, capitale de l’Etat du Tamil Nadu, une centaine de personnes ont trouvé la mort, en majorité des femmes et des enfants. Les vagues géantes n’ont pas épargné l’archipel des Maldives, situé juste au-dessus du niveau de la mer et dont des experts ont par le passé exprimé la crainte qu’il ne soit fortement atteint par un éventuel raz-de-marée. Les deux tiers de la capitale des Maldives, Malé, sont inondés. "Les dégâts sont considérables", a déclaré à Reuters un porte-parole du gouvernement. "L’île n’est qu’à un mètre au-dessus du niveau de la mer, et un mur d’eau de plus d’un mètre s’est abattu sur nous." Malé est une ville surpeuplée de 75.000 habitants dans un espace réduit de deux kilomètres de long sur 800 mètres de large. L’aéroport international est hors d’usage. Un tsunami a également frappé l’île de Penang, en Malaisie, tuant 21 personnes, rapportent des responsables. L’île est fréquentée par des touristes tant locaux qu’étrangers, et les hôtels de la région sont généralement pleins à cette période, au plus fort de la saison touristique. Le séisme à l’origine des tsunamis dans la région s’étant produit au large de l’île de Sumatra, l’Indonésie paie également un lourd tribut. Selon des responsables et les médias locaux, 150 personnes au moins ont été tuées par les vagues géantes sur l’île de Sumatra, où elles ont emporté des gens, arrachant des enfants des bras de leurs parents. L’Institut de géophysique et de météorologie indonésien estime que l’épicentre du séisme était situé à 149km au large de la côte Sud de Sumatra. L’Indonésie, un archipel comprenant 17.000 îles, est située à l’intersection de deux plaques tectoniques, un secteur caractérisé par une activité volcanique intense . L’Union européenne a débloqué une première enveloppe de trois millions d’euros pour venir en aide aux personnes les plus touchées par la catastrophe, a fait savoir le commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, Louis Michel.
Arjuna Wickramasinghe Reuters - Colombo 26 - 12 - 2004
L’un des plus grands séismes depuis un siècle, selon le sismologue Michel Granet
Le puissant séisme, suivi d’un raz-de-marée, qui a coûté la vie à plusieurs milliers de personnes dimanche en Asie du sud, est l’un des plus grands séismes enregistrés depuis un siècle, selon Michel Granet, sismologue et géophysicien, directeur du Réseau national de surveillance sismique (RENASS) basé à Strasbourg. Q : Comment s’explique ce séisme ? R : Les séismes sont tous localisés aux frontières des plaques. Les plaques se déplacent, ce qui provoque une déformation qui, lorsqu’elle devient trop importante, entraîne une cassure. C’est ce qui vient de se passer au large de l’île indonésienne de Sumatra, dans une zone qui se trouve à la frontière de la plaque australienne au sud et de la plaque eurasienne au nord. Pour un séisme de cette importance, la faille responsable peut faire 200 à 250 km de long. Il n’est pas étonnant qu’il se soit produit là, même si son occurrence n’était pas prévisible. Il se peut également que ce séisme produise d’autres séismes dans d’autres régions. Q : L’institut géologique américain a révisé à 8,9 la magnitude du séisme, contre une magnitude évaluée à 8,1 selon les derniers calculs de l’Observatoire des sciences de la terre de Strasbourg et 6,8 selon ceux du Bureau de géophysique de Jakarta. R : Il existe plusieurs manière de calculer la magnitude et ces calculs dépendent également de la localisation de l’Observatoire. Mais en tout état de cause, on peut affirmer qu’il s’agit de l’un des plus grands enregistrés depuis 100 ans. Le plus important, de magnitude 9,5 sur l’échelle ouverte de Richter s’était produit en 1960 au Chili, suivi d’un tsunami dévastateur dans plusieurs pays bordant le Pacifique dont les Philippines et le Japon. Des séismes de magnitude 8 se produisent de temps à autre, le dernier en date, d’une magnitude 8,2, a eu lieu le 23 décembre au nord des îles Macquarie, à quelques centaines de kilomètres de la Nouvelle Zélande, dans une zone pratiquement inhabitée, sans faire de victimes et des dégâts mineurs. Q : Qu’est ce qui a provoqué les raz-de-marée qui ont déferlé sur plusieurs pays d’Asie du sud, Sri Lanka, Inde, mais aussi Thaïlande et Malaisie ? R : Les raz-de-marée d’origine sismique peuvent aller dans tous les sens. On parle d’ondes marines gravitationnelles qui peuvent se déplacer sur plusieurs milliers de kilomètres et dans différentes directions. C’est ce qui s’est produit dimanche dans l’Océan indien. Le raz-de-marée proprement dit se traduit par le déplacement d’une masse d’eau très importante qui prend de plus en plus d’amplitude lorsqu’elle arrive à proximité d’une côte. Les raz-de-marée sont prévisibles contrairement aux séismes.
Agence France-Presse 26 - 12 - 2004 |