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Deux semaines après la réélection de George W. Bush, quatre de ses ministres, dont Colin Powell, ont annoncé lundi leur intention de quitter l’administration républicaine. Premier à annoncer sa démission, le secrétaire d’État, le ministre le plus populaire de l’équipe sortante et qui était très respecté dans les chancelleries du monde entier malgré son faux-pas dans l’affaire des ADM en Irak, expédiera les affaires courantes jusqu’à la nomination de son successeur. La Maison blanche a, par la suite, confirmé officiellement le départ de Colin Powell, ainsi que la démission de ses collègues de l’Agriculture, Ann Veneman, de l’Énergie, Spencer Abraham et de l’Education, Rod Paige. Le nom du successeur de Powell, un ancien général d’origine afro-antillaise, n’est pas connu mais ceux de John Danforth, actuel représentant permanent des États-Unis à l’Onu, et de Condoleezza Rice, l’ambitieuse conseillère de la Maison blanche pour la Sécurité nationale, sont déjà sur toutes les lèvres. La semaine dernière, l’"attorney general" (ministre de la Justice), John Ashcroft, ainsi que le secrétaire au Commerce, Donald Evans, avaient déjà annoncé leur départ. Il n’est pas rare aux États-Unis que l’équipe dirigeante soit renouvelée après une réélection, notamment pour "pantoufler" dans le privé ou les universités.
Du bout des lèvres
Colin Powell avait accédé à la notoriété internationale lors de la première guerre du Golfe de 1991 en sa qualité de chef d’état-major inter-armes du président George Bush père. Il était considéré comme une "colombe" au sein d’un cabinet influencé par des "faucons" comme le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld. Son entourage avait laissé entendre il y a déjà quelques mois qu’il ne comptait pas terminer un second mandat avec George W. Bush fils, et l’intéressé n’avait jamais cherché à démentir les rumeurs persistantes le donnant partant. Considéré comme un modéré, Colin Powell se serait, dit-on, opposé dans un premier temps à une action militaire préventive contre Saddam Hussein avant de s’y rallier du bout des lèvres. Ce stratège militaire converti avec succès à la diplomatie compte toutefois à son passif un échec de taille : ne pas avoir réussi à rassembler sous la bannière américaine une vaste coalition internationale pour envahir l’Irak et renverser Saddam Hussein. Et malgré sa forte popularité, sa crédibilité aura été entamée par l’image, relayée par les télévisions du monde entier, du secrétaire d’État affirmant, en brandissant une fiole censée contenir une substance très toxique en plein Conseil de sécurité de l’Onu, que les États-unis détenaient la preuve que l’Irak de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Les ADM furent l’un des principaux arguments avancés par Washington pour envahir l’Irak au printemps 2003. Colin Powell tire sa révérence quelques jours après la disparition de Yasser Arafat, présenté par l’administration Bush comme un "obstacle à la paix". Le chef sortant de la diplomatie américaine devait d’ailleurs se rendre la semaine prochaine en Cisjordanie pour y rencontrer les héritiers, jugés plus modérés, du vieux "raïs" palestinien. Condoleezza Rice, l’actuelle conseillère de George Bush à la sécurité nationale, est la candidate la mieux placée pour remplacer Colin Powell, au poste de secrétaire d’État, selon plusieurs sources au sein du Parti républicain. Rice occupe le poste de conseillère à la sécurité nationale depuis la prise de fonctions en janvier 2001 du président Bush, dont elle est l’une des plus proches conseillères. Plusieurs sources républicaines bien informées estiment qu’elle fait figure de successeur probable de Powell. Le nom du remplaçant du secrétaire d’État ne devrait pas être révélé ce lundi.
Saul Hudson - Reuters Washington - 15 - 11 - 2004 |