|
Encore sous le choc de l’assassinat de Theo van Gogh il y a deux semaines au nom de l’islam radical et des attaques répétées contre la communauté musulmane perpétrées depuis, les Pays-Bas s’interrogaient lundi sur les limites de la liberté d’expression, notamment en matière de propos racistes ou blasphématoires. "Il est important aujourd’hui d’avoir une discussion sur la liberté d’expression : quelles sont ses limites, que signifie la tolérance, jusqu’où peut-on provoquer quelqu’un, et dans ce cadre je trouve important qu’on examine les pratiques à l’étranger", a déclaré lundi le ministre des Affaires étrangères Ben Bot lors d’une rencontre avec des journalistes étrangers à La Haye. M. Bot faisait écho à plusieurs membres du gouvernement, dont le Premier ministre Jan Peter Balkenende, qui ont souhaité que la défense de la liberté d’expression s’accompagne d’un retour du respect dans le débat public. Tout en condamnant l’assassinat de Theo van Gogh comme une atteinte à la libre expression, beaucoup se demandent si les critiques, notamment contre les musulmans, ne sont pas allées trop loin. "La liberté d’expression est un grand bien mais nous devons aussi réaliser que nos mots peuvent blesser", a affirmé M. Balkenende en plaidant pour un équilibre entre la liberté d’expression et "la responsabilité et la cohésion" de la société. Le ministre de la Justice Piet Heijn Donner a indiqué qu’il réfléchissait à promouvoir l’usage de deux articles de loi contre les propos blasphématoires et méprisants, qui existent dans le code pénal mais ne sont quasiment jamais utilisés. Une réflexion a été ouverte sur l’opportunité d’un élargissement de la répression juridique des blasphèmes et propos insultants, ainsi que d’une criminalisation de l’apologie d’actes violents. La ministre libérale de l’Immigration et de l’Intégration, Rita Verdonk, s’est indigné de ces tentatives en estimant que le problème venait de la moindre capacité des musulmans à encaisser les critiques. "Je ne peux pas m’imaginer que mon collègue Donner veuille nous tirer vers un niveau d’acceptation des critiques moins élevé", a-t-elle ajouté. Les représentants des différentes communautés religieuses des Pays-Bas interrogés par l’AFP ont dans leur ensemble accueilli positivement la réflexion sur les limites de la liberté d’expression. "Une législation existe et je pense qu’il faut effectivement qu’elle soit utilisée. En même temps, il ne faut pas commencer à tout interdire", a déclaré à l’AFP Jan-Gert Heetderks, au nom de l’Eglise protestante des Pays-Bas. "Il faut réaffirmer la liberté d’expression et certains musulmans doivent apprendre à mieux accepter les critiques. En même temps, il est important de traiter les gens avec respect", a estimé pour sa part Mohammed Sini, président de l’Association islam et citoyenneté. "Je pense que la discussion est parfois allée trop loin mais nous, les musulmans aurions dû avoir recours au juge. Je pense que nous avons beaucoup à apprendre de la communauté juive dans ce domaine, qui a malheureusement une grande expérience des propos insultants et blessants et qui tente de les combattre par la voie judiciaire", ajoute-t-il. Pour Eran Nagan, représentant du Centre de documentation sur Israël (CIDI), qui avait notamment traîné en justice Theo van Gogh pour des propos antisémites, la communauté musulmane devrait en effet avoir recours plus souvent à la voie judiciaire. "Il faut aussi faire attention à jusqu’où on peut aller du point de vue de sa religion", ajoute-t-il en condamnant les propos d’un imam selon lequel les homosexuels sont "moins que des porcs".
Agence France-Presse La Haye - 15 - 11 - 2004 |