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Viktor Iouchtchenko, chef de l’opposition réformatrice et candidat malheureux à l’élection de dimanche, a prêté serment mardi comme nouveau président de l’Ukraine à l’issue d’une séance extraordinaire houleuse du Parlement. Les députés s’étaient séparés sans prendre de décision sur la crise politique née de la contestation des résultats officiels accordant la victoire au candidat prorusse, le Premier ministre Viktor Ianoukovitch.
Reuters - Kiev 23 - 11 - 2004
Réunion du Parlement ukrainien, 200.000 manifestants à Kiev
Près de 200.000 manifestants ont répondu à l’appel du chef de l’opposition ukrainienne Viktor Iouchtchenko et ont marché mardi sur le Parlement pour contester les résultats préliminaires officiels du second tour de la présidentielle donnant la victoire au Premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch. Le Parlement s’est de son côté réuni pour une session extraordinaire afin de débattre des résultats du scrutin et des troubles qu’ils ont engendrés. Ouvrant les débats, le président de l’assemblée, Volodymyr Lytvyn, a déclaré aux députés : "Nous nous dirigeons vers le gouffre. Il serait immoral et criminel de prétendre que rien ne se passe dans le pays. "Il faut que nous agissions en temps voulu, faute de quoi le peuple décidera à notre place demain." Le Parlement, que l’opposition considère comme la dernière institution légitime du pays mais qui n’a pas le pouvoir d’annuler le résultat du scrutin , pourrait publier un communiqué dans l’après-midi. En l’absence des députés pro-Ianoukovitch, le quorum nécessaire pour que la chambre puisse prendre une décision n’a cependant pas été atteint. "Notre action commune débouchera sur des succès politiques. Aussi formons-nous nos rangs et marchons-nous en direction du Parlement", avait auparavant lancé le pro-occidental Iouchtchenko à la foule massée sur une place de la capitale Kiev. Au moins 1.500 de ses partisans ont passé la nuit sous des tentes près de la place de l’Indépendance, au bout du boulevard Khrechtchatyk, en plein coeur de Kiev, où plus de 100.000 personnes s’étaient déjà réunies la veille pour contester les résultats du scrutin. Mardi matin, plusieurs milliers de partisans de l’opposition, arborant les couleurs orange clair du camp Iouchtchenko, déambulaient entre les rangées de tentes dressées à même l’élégant Khrechtchatyk. Ils ont réclamé aux dirigeants du pays de reconnaître qu’ils avaient truqué les résultats du deuxième tour pour favoriser le Premier ministre Ianoukovitch, soutenu par Moscou. "Nous combattons pour la démocratie et nous allons gagner", a déclaré le député Ihor Ostach, lui aussi vêtu en orange, aux manifestants réunis sur la place de l’Indépendance.
L’UE dénonce un scrutin a la nord-coréenne
Les observateurs américains et occidentaux ont dénoncé les conditions du scrutin, dont les résultats officiels accordent 49,42% à Ianoukovitch contre 46,69% à Iouchtchenko. Dimanche soir, un sondage réalisé à la sortie des urnes créditait Iouchtchenko de 54% des voix contre 43% au Premier ministre sortant. Washington a menacé de prendre de sanctions si les autorités de Kiev ne faisaient pas la lumière sur les accusations de fraude. A Bruxelles, le chef des observateurs du Parlement européen, le député polonais Marek Siwiec, a parlé de scrutin à la nord-coréenne. "C’est un défi au bon sens", a dit Siwiec en ironisant sur la participation proche de 100% dans certains circonscriptions : "Cela me rappelle un peu l’exemple nord-coréen, pas européen". Une vingtaine de diplomates ukrainiens ont également signé un communiqué dans lequel ils assimilent les résultats officiels du scrutin à une "guerre honteuse menée contre notre propre peuple". L’Ouest de l’Ukraine, ukrainophone et nationaliste, poursuivait de son côté sa "rébellion" contre les résultats de dimanche. Dans la grande ville de Lviv, les écoles sont restées fermées mardi. Trois mille partisans de l’opposition bloquaient les routes menant à la Pologne, dans le cadre d’un mouvement de grève générale. Ils ont dit ne pas avoir l’intention de bouger tant que Iouchtchenko n’aura pas été proclamé président. Près de 100.000 manifestants se sont en outre réunis dans la ville et d’autres manifestations ont été organisées dans d’autres villes de la région. Le président sortant Leonid Koutchma, qui a soutenu Ianoukovitch lors de la campagne, ne s’est pas exprimé depuis dimanche. Assis à côté d’un drapeau ukrainien dans une posture toute présidentielle, Ianoukovitch est quant à lui apparu lundi soir sur les écrans de télévision pour revendiquer la majorité des suffrages et ranger son rival parmi le "petit groupe de radicaux" qui cherchent à diviser l’Ukraine par la violence et dans l’illégalité.
Pavel Polityuk Reuters - Kiev 23 - 11 - 2004 |