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Une école publique londonienne a décidé d’interdire le jilbab, une longue robe traditionnelle portée par certaines jeunes filles musulmanes pour marquer leur foi, provoquant l’ire des organisations musulmanes qui considèrent cette décision injustifiée. La Central Foundation School, dans le quartier de Tower Hamlets (est de Londres), à forte majorité bangladeshie, a en effet envoyé aux parents d’élèves une lettre rappelant que le port du jilbab était interdit dans son enceinte. "Cela a été perçu comme malvenu car nous sommes en ce moment en plein (mois de) ramadan", a expliqué à l’AFP Cathy Louis, du conseil municipal de Tower Hamlets. Mais selon elle, la direction de l’école n’a fait que rappeler les règles qu’elle souhaitait voir appliquées en matière d’uniforme scolaire. Or, celles-ci, basées sur des recommandations établies après consultation des groupes religieux locaux, ne tolèrent pas le port du jilbab pour des raisons de santé et de sécurité, a-t-elle souligné. Elle a également rappelé qu’en matière d’uniformes scolaires, la décision revient aux établissements scolaires. Selon la presse britannique, trois jeunes élèves ont décidé de ne pas aller à l’école pour protester contre cette mesure, mais le conseil de Tower Hamlets a affirmé à l’AFP qu’aucune fille de la Central Foundation School n’a manqué les cours en raison de cette affaire. Les responsables de l’école n’ont pu être joints mardi. L’interdiction a provoqué la colère des organisations musulmanes, qui estiment que les écoles publiques devraient "autoriser (les jeunes filles) à poursuivre leur scolarité en portant le jilbab". "Le Conseil des musulmans de Grande-Bretagne considère qu’il s’agit d’une mesure non nécessaire", a ainsi déclaré à l’AFP Inyat Bunglawala, porte-parole de l’organisation. "La raison avancée est qu’il s’agit d’une question de santé et de sécurité", a-t-il ajouté. "Pour nous, c’est un non-sens", a-t-il insisté, rappelant qu’aucun problème de ce genre n’a été signalé alors que, dans tout le pays, des élèves portent le jilbab. Cette mesure est d’autant plus mal perçue par la communauté que la justice britannique avait déjà, en juin, refusé le droit de porter le jilbab à l’école à une élève musulmane de 15 ans qui avait engagé une action en justice contre son établissement. Le verdict constituait une première dans le pays, le port de vêtements religieux n’ayant jamais réellement fait polémique ici. Qui plus est, la cour avait rejeté l’argument de la jeune fille, qui faisait valoir que l’établissement lui refusait "le droit à l’éducation et le droit de manifester ses convictions religieuses". L’interdiction du jilbab par l’école de Tower Hamlets intervient également dans un contexte de mobilisation de la communauté musulmane de Grande-Bretagne contre l’interdiction en France des signes religieux à l’école publique, en particulier le hidjab (voile islamique). Car contrairement à la France, dont la Constitution républicaine prévoit la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la reine d’Angleterre est à la fois chef de l’Etat et de l’Eglise anglicane. "Nous considérons qu’il y a un besoin de directives claires (au plan) national (au terme desquelles) le jilbab devrait être autorisé", a toutefois estimé Inyat Bunglawala. Mais selon lui, il n’y a pas de risques qu’une loi similaire à celle adoptée en France soit votée par le parlement britannique. "Nous avons eu plusieurs déclarations de ministres (qui ont) catégoriquement indiqué que ce gouvernement n’avait pas l’intention d’interdire le hidjab comme cela a été fait en France", a-t-il affirmé.
Agence France-Presse 10 - 11 - 2004 |