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L’Union européenne a estimé lundi que le second tour de l’élection présidentielle de la veille en Ukraine avait été entaché de fraudes et a exhorté les autorités à revenir sur le déroulement du processus électoral et à réexaminer les résultats. "Nous n’acceptons pas ces résultats. Nous pensons qu’ils sont frauduleux", a déclaré Bernard Bot, ministre néerlandais des Affaires étrangères, dont le pays exerce la présidence tournante de l’UE. Selon les résultats officiels, le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovitch, prorusse, obtient 49,42% des voix. Son rival pro-occicental, Viktor Iouchtchenko, est crédité de 46,42%. "Chaque Etat membre de l’UE va convoquer l’ambassadeur d’Ukraine pour lui faire connaître notre sentiment, à savoir que le second tour n’est pas conforme aux normes internationales", a poursuivi le chef de la diplomatie néerlandaise, à l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE. "Nous sommes très préoccupés par les informations dont nous disposons", a-t-il insisté, ajoutant que le sujet serait abordé jeudi avec le président russe Vladimir Poutine à l’occasion du sommet UE-Russie de la Haye. Moscou a d’ores été déjà félicité Ianoukovivth de sa victoire. "Nous avons également décidé que la présidence de l’UE, en collaboration avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), évoquera la suite à donner avec les autorités ukrainiennes parce que nous les invitons à revoir avec l’OSCE le processus électoral et ses résultats", a ajouté Bernard Bot.
Reuters - Bruxelles 22 - 11 - 2004
L’Ukraine en plein tourbillon politique, l’UE s’inquiète
L’Ukraine a plongé dans une agitation politique aux conséquences imprévisibles, l’Ouest du pays, bastion du nationalisme, contestant les résultats officiels selon lesquels le Premier ministre, le pro-russe Viktor Ianoukovitch, l’a emporté dimanche au second tour de la présidentielle sur son rival pro-occidental Viktor Iouchtchenko. En fin de journée, sentant la pression de la rue à Kiev mais aussi dans d’autres villes, les services de sécurité se sont déclarés prêts à réprimer "rapidement et fermement" tout désordre. "Nous appelons les organisateurs des manifestations de masse à assumer la responsabilité des conséquences possibles (de leurs actes)", ont déclaré dans un communiqué le procureur général, le ministère de l’Intérieur et les services de sécurité. "Nous voulons assurer à tout le monde que dans l’éventualité d’une menace à l’ordre constitutionnel et à la sécurité des citoyens, nous sommes prêts à mettre fin rapidement et fermement à tout comportement illégal", ajoutent-ils. Dans la capitale, cent mille partisans de l’opposition, contestant les résultats officiels, ont paralysé lundi après-midi le centre, évitant tout acte de violence mais allant jusqu’à dresser des tentes au beau milieu du principal boulevard, le monumental Khrechtchatyk. Le conseil municipal de Kiev, comme quatre grandes villes de l’ouest de l’Ukraine, bastion des nationalistes, a refusé lundi de reconnaître le résultat officiel. La municipalité de la capitale n’est toutefois pas allée, comme c’est le cas de Lviv, la grande ville de l’Ouest, jusqu’à proclamer Iouchtchenko vainqueur. Berceau du nationalisme, Lviv avait été le fer de lance de la lutte pour l’accession de l’Ukraine à l’indépendance en 1991. A l’autre extrême du pays, à Donetsk dans une région peuplée d’une grande proportion de russophones, 10.000 personnes ont manifesté en faveur de Ianoukovitch. Des rassemblements en faveur du Premier ministre ont été signalés dans d’autres villes de l’Est. "Ce n’est pas une scission de l’Ukraine, a estimé un analyste indépendant, Volodymyr Polokhalo. C’est une scission des élites politiques. Nous voici devant une grave crise politique".
Les USA parlent de fraude "concertée"
Viktor Iouchtchenko, s’adressant à la foule massée malgré le froid place de l’Indépendance, au coeur de Kiev, a dit n’avoir aucune confiance dans les autorités qui procèdent au dépouillement. "Restez où vous êtes", a-t-il lancé aux manifestants. "De tous les coins d’Ukraine, en charrette, en voiture, en avion ou en train, des dizaines de milliers de personnes sont en chemin pour venir ici. Notre mouvement ne fait que commencer", a-t-il déclaré. A l’étranger, l’Union européenne, l’OSCE et les Etats-Unis ont ajouté leurs voix au choeur d’inquiétudes ou de protestations contre le déroulement du scrutin, à l’issue duquel Iouchtchenko obtient, selon les résultats officiels, 46,69% contre 49,42% à Ianoukovitch. Par contraste, dimanche soir, un sondage réalisé à la sortie des urnes créditait Iouchtchenko de 54% contre 43% au Premier ministre. L’Union européenne, "gravement préoccupée" par le déroulement du second tour, a appelé Kiev à revenir sur le processus électoral et à en réexaminer le résultat. Chacun des 25 pays membres de l’UE va convoquer l’ambassadeur d’Ukraine dans sa capitale pour lui faire part de l’inquiétude des Européens. A Paris, Jean-Pierre Raffarin et son homologue polonais, Marek Belka, ont souhaité que la paix civile puisse être préservée en Ukraine. Plus incisive, l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) a estimé lundi qu’un "nombre considérable" de critères n’avaient pas été respectés dimanche pour que le second tour puisse être considéré comme démocratique. Richard Lugar, président (républicain) de la commission des Affaires étrangères du sénat américain, a dénoncé lundi la fraude organisée selon lui par les autorités. "Il est désormais évident qu’il y a eu un programme concerté et imposé de fraude lors du scrutin et d’abus mis en oeuvre par ou avec la coopération des autorités", a déclaré Richard Lugar, dépêché à Kiev par la Maison blanche pour observer le déroulement du processus électoral. Seule prise de position en faveur de Ianoukovitch, pour l’instant, celle de Moscou : le président Vladimir Poutine lui-même a félicité Ianoukovitch pour sa victoire, alors même que les résultats définitifs n’étaient pas encore proclamés. "J’ai déjà félicité Ianoukovitch pour sa victoire", avait dit un peu plus tôt Boris Gryzlov, président de la chambre basse du parlement russe et, pour l’occasion, émissaire de Poutine à Kiev.
Youri Koulikov et Ron Popeski Reuters - Kiev - 22 - 11 - 2004
La capitale ukrainienne refuse le résultat de la présidentielle
La municipalité de Kiev a appelé lundi le parlement ukrainien à refuser le résultat officiel de la présidentielle, qui donne vainqueur le Premier ministre Viktor Ianoukovitch. Dans un communiqué, le conseil municipal déclare n’avoir aucune confiace dans la commission électorale et annonce qu’il va "proposer aux membres du parlement de ne pas reconnaitre les résultats provisoires de l’élection". La position prise par les élus de la capitale s’apparente à celle adoptée peu de temps auparavant par leurs collègues de Lviv, la seconde ville du pays, et de deux autres villes, qui étaient toutefois allées plus loin en proclamant vainqueur le chef de file de l’opposition, Viktor Iouchtchenko.
Reuters - Kiev 22 - 11 - 2004
Des milliers d’Ukrainiens dans la rue pour clamer la victoire de Iouchtchenko
"L’Ukraine a fait son choix" : des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées lundi à Kiev pour contester les résultats officiels du scrutin présidentiel de dimanche, remporté par le candidat du pouvoir Viktor Ianoukovitch, et défendre la "victoire" de l’opposant Viktor Iouchtchenko. "Le président élu Viktor Iouchtchenko !", annonce le chef de son état major électoral Olexandre Zintchenko, alors que M. Iouchtchenko monte à la tribune avec son équipe. La foule commence à scander son nom, brandissant des drapeaux ukrainiens et les fanions oranges, la couleur fétiche de l’opposition lors de la campagne électorale. Une immense banderole du mouvement d’opposition Pora (Il est temps) est aussi accrochée sur une passerelle surplombant la Place. Les manifestants, certains les larmes aux yeux, chantent l’hymne ukrainien, puis s’associent en choeur à la prière d’un prêtre monté à la tribune pour la victoire de leur candidat. L’ancien Premier ministre réformateur, donné vainqueur dimanche soir avec au moins trois points d’avance par des sondages de sortie des urnes, a été donné battu lundi dans les résultats officiels quasi-définitifs de la Commission électorale, trois points derrière son rival, le candidat pro-russe Viktor Ianoukovitch. Roman, un homme d’affaires, est persuadé que M. Iouchtchenko avait en fait gagné "dès le premier tour, avec plus 50% des voix". Il a l’intention de revenir manifester "tant qu’il le faudra" pour contester les résultats de l’élection. "Nous lançons un mouvement de résistance civile. L’action ne fait que commencer. Ne quittez plus la Place de l’Indépendance, jusqu’à la victoire", a déclaré M. Iouchtchenko, sous les acclamations des manifestants. "Honte au pouvoir", "A bas (le président sortant Léonid) Koutchma et Ianoukovitch", "la liberté ne peut pas être vaincue", scandent ses partisans. Prenant ensuite la parole, la parlementaire d’opposition Ioulia Timochenko appelle les Ukrainiens à "entamer un mouvement de grève générale". "On ne peut pas faire des études ou travailler dans un pays que le pouvoir veut violer", lance-t-elle en promettant d’aller jusqu’à "bloquer les chemins de fer et les aéroports" pour défendre la victoire. La circulation sur Khrechtchatik, l’artère principale de la ville, est bloquée. Les manifestants y installent une cinquantaine de tentes. De leur côté, les autorités ukrainiennes ont renforcé les mesures de sécurité autour de la Commission électorale centrale et de la présidence. Des membres des forces spéciales ont été déployés dans les rues à proximité du bâtiment de la présidence, tout près de la Place de l’Indépendance. "Le pouvoir a franchi un nouveau seuil et a commencé à combattre son propre peuple", accuse l’ancien Premier ministre Anatoly Kinakh. Le leader d’opposition libérale russe Boris Nemtsov a pour sa part déclaré à la tribune être venu à Kiev "pour soutenir son ami Iouchtchenko". "Et pour que vous ne pensiez pas que toute la Russie soutient Ianoukovitch qui a un casier judiciaire". Le président russe Vladimir Poutine a affiché publiquement son soutien au Premier ministre ukrainien, et s’est rendu en Ukraine pour ce faire avant chacun des tours. "C’est une lutte non seulement pour votre liberté mais aussi pour la nôtre", a déclaré M. Nemtsov. Une manifestante d’une cinquantaine d’années s’insurge : "Il faut qu’on soit plus nombreux". "Les Ukrainiens sont trop tolérants, les Géorgiens auraient déjà renversé le pouvoir", dit-elle dans une allusion à la "révolution de la rose" en Géorgie, il y a tout juste un an. Le poète ukrainien Dmitro Pavlitchko assure pour sa part que le pouvoir ukrainien "connaîtra le même sort que Slobodan Milosevic et Edouard Chevardnadzé", chassés du pouvoir par des mouvements populaires en Yougoslavie et en Géorgie.
Agence France-Presse Kiev - 22 - 11 - 2004 |