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Marco Fortier
Le Journal de Montréal
25/10/2005 08h39
Menacé d’expulsion en Tunisie, l’imam montréalais Saïd Jaziri affirme être victime d’une chasse aux sorcières qui cible les musulmans depuis les attentats de septembre 2001 aux États-Unis.
Le chef religieux reste enfermé depuis cinq jours dans la mosquée Al Qods, rue Bélanger à Montréal, pour protester contre l’ordre d’expulsion lancé contre lui par Citoyenneté et Immigration Canada (CIC).
Saïd Jaziri soutient qu’il paie pour la paranoïa des autorités canadiennes envers les musulmans : « Depuis le 11 septembre, tous les musulmans ont des problèmes avec l’immigration », a dit le leader religieux de 36 ans, rencontré hier à la mosquée Al Qods.
« Des jeunes musulmans qui parlent de l’islam, ils n’en veulent pas », a ajouté l’imam, qui milite pour la construction d’une grande mosquée au centre-ville de Montréal. Il affirme que de riches donateurs d’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar et du Koweït sont prêts à financer le lieu de culte.
Torturé ?
Les prises de position du chef religieux en faveur de l’islam n’ont rien à voir avec l’ordre d’expulsion dont il fait l’objet, selon le gouvernement canadien. Ottawa soutient que Saïd Jaziri a fait une fausse déclaration lors de son arrivée au Canada comme réfugié, en 1997.
M. Jaziri affirme avoir été emprisonné et torturé en Tunisie en 1994. Le gouvernement tunisien nie tout, dans une lettre transmise à Ottawa plus tôt cette année.
La section montréalaise d’Amnistie internationale critique Citoyenneté et Immigration, qui se fie sur les affirmations du gouvernement tunisien pour expulser un résident permanent canadien.
« Sous prétexte de lutter contre les islamistes, la Tunisie pratique la torture, la répression et le harcèlement envers la société civile », a indiqué hier Anne Sainte-Marie, porte-parole d’Amnistie à Montréal.
Un message clair
Le groupe de défense des droits humains soutient aussi que les musulmans sont ciblés injustement par les autorités canadiennes : les cinq « certificats de sécurité » émis à ce jour au pays ont tous visé des adeptes de l’islam, rappelle Amnistie.
Les musulmans n’ont pas fini de se faire talonner par les services de renseignements canadiens, soutient un expert. Avec l’ordre d’expulsion de l’imam Jaziri, « il est évident que le gouvernement canadien veut envoyer un message », explique Michel Juneau-Katsuya, ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). |