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LE MONDE | 26.05.05 | 13h26
Après l’incendie du paris-opéra, imen, 5 ans, a refusé de suivre ses parents, hébergés dans un établissement de la banlieue parisienne. Traumatisée, la fillette ne veut plus entendre parler d’hôtel. Elle habite aujourd’hui chez sa tante. Dans quelques jours, la famille devrait pouvoir être réunie. La préfecture et la Mairie de Paris ont, en effet, décidé de leur attribuer un appartement. "C’est malheureux à dire, mais je dois avouer que l’incendie du Paris-Opéra a permis de nous sortir de la misère" , commente Mohamed Ouled Ben Abid, le père d’Imen.
Arrivé en France avec sa femme grâce à un visa touristique en 1993, ce Tunisien, à la carrure de rugbyman, est d’abord provisoirement hébergé par des amis. Il y restera sept ans, faute de voir aboutir sa demande de logement social.
Avec ses revenus, issus de petits travaux non déclarés, Mohamed parvient, en 2000, à s’offrir un petit appartement : un particulier, peu regardant sur la situation irrégulière de la famille, le lui loue pour 428 euros par mois. Mais, il y a six mois, la préfecture de police ordonne l’évacuation de l’immeuble. Le SAMU social s’occupe alors de trouver et de financer un nouveau lieu d’hébergement : un hôtel du 11e arrondissement de Paris et une chambre de 10 m2, qui coûte à l’organisme "quatre fois plus cher que l’appartement" , selon Mohamed. Au bout de dix jours, on leur demande sans explication de plier bagages pour un autre hôtel du quartier de Barbès. Ils y restent deux mois, avant d’être orientés vers l’hôtel Paris-Opéra, dans le 9e.
"Lorsque j’ai vu l’intérieur du Paris-Opéra, je ne voulais pas y aller. J’ai travaillé dans le bâtiment : il était évident que cet hôtel ne respectait pas les mesures de sécurité les plus élémentaires" , témoigne Mohamed. L’appartement dans lequel il va aménager, un confortable trois-pièces dans le 19e arrondissement, le satisfait pleinement : "Après tant de galères, c’est un beau cadeau qui nous est offert ici" , confie Mohamed.
D’UN HÔTEL À L’AUTRE
Une chance également proposée à Svitlana et Igor Semanchuk. Ce couple d’Ukrainiens a rejoint la France afin d’y obtenir l’asile politique. Ils expliquent avoir eu "des problèmes avec la mafia" dans leur pays d’origine. Arrivés il y a quatre ans à Paris, ils ont été pris en charge par la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile (Cafda).
Logés, dans un premier temps, dans un hôtel du 18e, ils ont été mal accueillis. "Les draps n’étaient jamais changés, nous étions traités comme des gens misérables. Nous sentions que nous n’étions pas les bienvenus" , raconte Svitlana. Ils ne resteront que quelques jours. Pour justifier leur renvoi, le responsable se plaint du bruit que font les deux fillettes du couple.
S’ensuit une longue période d’errance, durant laquelle ils changent d’hôtel à peu près tous les trois mois, avant de s’installer, en mars, à l’hôtel Paris-Opéra. Après l’incendie, les demandes de logement de la famille ont été prises en compte. Ils vont enfin pouvoir s’installer dans un appartement, sans courir le risque de devoir déménager aux moindres sautes d’humeur des propriétaires.
Pour Haïcha et Farid Allouache, le logement proposé par la mairie constitue aussi un soulagement. En situation irrégulière avec leur fils de 5 ans, ils ont vécu dans une quinzaine d’hôtels depuis leur arrivée d’Algérie il y a trois ans. "Dès que débute la période touristique, les hôteliers nous font comprendre qu’il vaut mieux partir. Ils ne veulent pas que nous croisions les vacanciers" , affirme Haïcha.
Ils doivent parfois changer d’établissement deux ou trois jours après leur arrivée, et prennent ainsi l’habitude de se déplacer dans le métro avec leurs affaires. "On ne pouvait pas continuer à vivre comme ça, raconte Haïcha. A l’école de mon fils, la directrice demandait pourquoi il était si souvent absent. Comment voulez-vous que je lui avoue qu’il passait ces journées-là à déménager ?" Son mari compte désormais trouver rapidement un travail d’agent de sécurité. Malgré tout, Haïcha n’est pas totalement rassurée : "Tant que je n’ai pas les clés de mon appartement entre les mains, je ne pourrai pas y croire."
Jérôme Levy
Article paru dans l’édition du 27.05.05 |