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Tunis tancé sur les droits de l’homme, Alger félicité pour le référendum.
Par José GARÇON
mercredi 05 octobre 2005 (Liberation - 06:00)
les droits de l’homme s’arrêtent-ils à certaines frontières du Maghreb ? Ces derniers semblent en tout cas un tel casse-tête pour la diplomatie française qu’ils la poussent à des revirements remarqués, quand ce n’est pas à une pratique à géométrie variable. En témoignent les déclarations faites samedi à Tunis par Philippe Douste-Blazy, le ministre des Affaires étrangères, qui ont rompu avec la complaisance de Paris envers le régime de Zine Ben Ali. « La France considère que la question des droits de l’homme constitue un élément du dialogue politique entre nos deux pays (...), mais aussi avec l’Union européenne dans le cadre de l’accord d’association. Nous souhaitons que la Ligue tunisienne des droits de l’homme (harcelée par le régime de Ben Ali, ndlr) et les autres organisations non gouvernementales puissent continuer à apporter leur contribution à la promotion des droits de l’homme et des libertés publiques », a affirmé le ministre français. Et de préciser s’être « très clairement exprimé » sur ce problème avec son homologue tunisien, Abdelwahab Abdallah, lui faisant part du souhait français de voir « la situation de la Ligue se normaliser », allusion au bras de fer entre Tunis et cette organisation. Un ton très différent de celui employé par Jacques Chirac, en décembre 2003 à Tunis. Le Président avait alors soulevé une tempête en délivrant un blanc-seing à la politique de Ben Ali au moment où l’avocate Rhadia Nasraoui en était à son cinquante et unième jour de grève de la faim pour protester contre le harcèlement policier...
Mise en garde. Cette nouvelle préoccupation française sur les droits de l’homme en Tunisie s’explique sans doute par l’approche du sommet mondial sur la société de l’information qui doit se tenir du 16 au 18 novembre à Tunis. Les pays occidentaux viennent en effet d’adresser une mise en garde à la Tunisie, en lui demandant de garantir la liberté d’expression et l’accès des médias et des ONG indépendants à cette conférence. « C’est la seule façon de s’assurer qu’il s’agira bien d’un sommet en Tunisie et non d’un sommet sur la Tunisie », insistent les Occidentaux.
Doutes. Le verdict de Douste-Blazy sur le référendum algérien semble cependant indiquer que les droits de l’homme ne franchissent pas la frontière algérienne. « C’est une consultation démocratique, bien sûr, avec un très beau score de participation », disait-il dimanche malgré une campagne où seuls les partisans du oui ont pu s’exprimer, les protestations de l’opposition et surtout les doutes émis par les observateurs quant au taux de participation officiel (79,76 %).
Tout se passe en fait comme si la France, empêtrée dans la polémique sur la loi du 23 février qui glorifie certains « aspects positifs de la colonisation », faisait assaut de complaisance envers le pouvoir algérien pour ne pas envenimer davantage la situation. Abdelaziz Bouteflika l’a bien compris, élevant chaque fois plus le ton sur cette affaire, pour être celui qui obtiendra de la France le (légitime) pardon pour ses exactions durant la colonisation et la guerre d’indépendance. Si l’on en croit la presse algérienne, c’est acquis : « Longtemps réticente, la France envisage désormais positivement l’examen des exigences algériennes », écrivait lundi l’Expression (proche de la présidence). Ce quotidien s’appuie sur la dernière déclaration du Quai d’Orsay indiquant que ce problème « peut très bien être traité » pendant les négociations sur le traité d’amitié. Estimant que les liens qui se noueront permettront de « (...) dépasser les malentendus actuels et d’arriver à trouver les mots qui permettent d’assumer de part et d’autre un passé commun », l’Expression rappelle au passage l’aide sécuritaire fournie à la France : les « islamistes du GSPC arrêtés la semaine dernière en France l’ont été grâce à des informations des services de sécurité algériens »... |