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Le président Zine El Abidine Ben Ali a célébré le 17ème anniversaire de son arrivée au pouvoir en Tunisie sous le signe d’une décrispation politique symbolisée par la libération de dizaines d’opposants islamistes. Geste sans précédent, il a fait profiter de sa grâce - habituellement accordée à des détenus de droits communs - quelque 80 prisonniers islamistes, dont deux membres du bureau politique du parti Ennahdha interdit, décapité il y a 14 ans et qualifié par le pouvoir d’"organisation terroriste". Jugés lors des grands procès ayant éradiqué leur mouvement en 1991-93, Ali Laaraiedh et Zied Daoulatli, condamnés chacun à 15 ans de prison, n’avaient plus que quelques mois à purger, mais leur élargissement témoigne d’une volonté d’apaisement, estime-t-on à Tunis. "C’est un pas positif pouvant augurer d’une décrispation politique", notait l’avocate Saida Akremi, responsable de l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP). Geste politique mesuré, les personnes élargies ont été libérées sous condition et aucun des islamistes condamnés à perpétuité n’a été gracié par M. Ben Ali, comme le réclame l’opposition islamique et démocratique. "C’est une mesure audacieuse mais partielle visant à apaiser le climat après le choc provoqué dans le pays et à l’extérieur par les résultats des élections présidentielle et législatives", estimait le journal d’opposition "Al Mawquif". M. Ben Ali, 68 ans, a accédé au pouvoir le 7 novembre 1987 en écartant pour "sénilité" le premier Président de la Tunisie indépendante, Habib Bourguiba. La commémoration de ses 17 ans au pouvoir intervient deux semaines après sa réélection sans surprise (94,48%) pour un 4ème mandat à la présidence, grâce à un amendement de la Constitution qui limitait auparavant le nombre à trois et qui lui permettrait théoriquement un 5ème mandat en 2009. M. Ben Ali avait fait approuver en 2002 par référendum une modification de la Constitution de 1959, contestée par ses opposants qui l’accusent de chercher "la présidence à vie". Avec la demande d’amnistie générale, le rejet de cette réforme a constitué un des principaux axes du programme de Mohamed Ali Halouani, concurrent le plus sérieux du président Ben Ali à la présidentielle du 24 octobre. Un demi millier de "prisonniers politiques" croupissent encore dans les prisons, selon les groupes de défense des droits de l’Homme qui se sont associées ces dernières années à une large partie de l’opposition pour faire de l’amnistie générale un vrai cheval de bataille. "Pour être significative d’ouverture politique, la grâce toute symbolique de prisonniers islamistes doit être suivie par des réformes dans le domaine de la justice et des médias indigents", note un diplomate européen. Et d’ajouter : "tout le monde attend du prochain gouvernement qu’il traduise une ouverture politique et davantage de tolérance à l’égard de l’opposition". Salué à Washington, l’élargissement de détenus islamistes a néanmoins suscité une réaction du département d’État américain pour "encourager le gouvernement tunisien à amnistier tous les prisonniers politiques inculpés ou détenus pour des activités non-violentes et sans lien avec le terrorisme". Tunis qui a toujours nié le statut de prisonnier politique aux partisans d’Ennahdha, s’est bien gardé d’annoncer officiellement le nombre de personnes élargies. Mais, fait nouveau, un journal d’opposition a pu mentionner sans souci leur appartenance au parti d’Ennahdha, ainsi désigné par son nom, un vocable tabou dans la presse locale ces 10 dernières années. L’anniversaire dimanche de l’arrivée au pouvoir de M. Ben Ali deux semaines après sa réélection lui a offert l’occasion d’assurer son désir d’oeuvrer "dans un climat de justice, de liberté, de démocratie, de pluralisme, de cohésion, de solidarité et de respect des droits de l’Homme", dans un discours à la nation.
Agence France-Presse Tunis - 08 - 11 - 2004 |