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Un camionneur égyptien pris en otage en Irak et relâché le 13 novembre a affirmé samedi à l’AFP à Amman avoir été détenu, jusqu’à sa libération, avec deux Français dans une maison à Latifiyah, à une trentaine de kilomètres au sud de Bagdad. "J’ai été enlevé le 20 octobre et détenu ensuite dans une maison à Latifiyah où se trouvaient dans la chambre à côté deux Français dont j’entendais les voix", a indiqué Ahmad Abdel Aziz Mohamad. Cet homme de 47 ans, marié à une Irakienne, a affirmé que les deux Français étaient toujours détenus au même endroit lorsqu’il a été libéré, le 13 novembre. "J’entendais les ravisseurs parler le soir dans une salle à côté. L’un d’eux a dit, +déplaçons les Français à Falloujah+, mais quelqu’un d’autre a dit, +non, ce sera dangereux+, c’est comme ça que j’ai eu confirmation qu’ils étaient Français", a-t-il dit. Il a affirmé qu’il entendait les voix des deux otages français par le mur qui séparait leurs chambres. "Je ne parle pas français mais je reconnais la langue", a-t-il dit. Deux journalistes français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, sont retenus comme otages en Irak depuis le 20 août. Un groupe armé d’obédience islamiste sunnite, l’Armée islamique en Irak, a revendiqué leur enlèvement. Leur chauffeur Mohammad al-Joundi, qui avait disparu en même temps qu’eux, a été retrouvé pendant l’offensive de l’armée américaine lancée le 8 novembre sur la ville de Falloujah (50 km à l’ouest de Bagdad). Mercredi, le ministre des Affaires étrangères français Michel Barnier avait dit avoir obtenu récemment des indications selon lesquelles MM. Chesnot et Malbrunot ne se trouveraient pas à Falloujah. Leur vie "n’est pas en cause", avait-il ajouté. M. Mohamad a affirmé que les ravisseurs lui couvraient les yeux et ne lui enlevaient le bandeau que pour la prière. "Personne ne nous frappait", a-t-il dit. "Je les ai entendu également dire une fois qu’ils avaient tué neuf policiers irakiens", a-t-il dit, ajoutant que, selon lui, le groupe était "islamiste sunnite", en raison des horaires de la prière et des rites qu’ils observaient durant le Ramadan, le mois de jeune musulman qui s’est achevé à la mi-novembre. M. Mohamad a été enlevé le 20 octobre dans le quartier Karrada à Bagdad, alors qu’il ramenait une cargaison de farine et de riz de Jordanie, dans son camion. Il dit avoir été enlevé par des hommes armés à bord de deux véhicules et affirme n’avoir su qu’il était à Latifiyah que lors de sa libération. Sa femme irakienne avait informé la police de sa disparition et la police en avait envoyé une notification au consulat égyptien à Bagdad. Dans ce document daté du 20 octobre, dont l’AFP a obtenu une copie, il est mentionné qu’Ahmad Abdel Aziz Mohamad a disparu le 20 octobre à Bagdad, alors qu’il se trouvait dans son camion, dont so précisé le type la couleur, ainsi que les numéros de châssis et d’immatriculation. "J’ai été retenu dans une chambre où se trouvait un Jordanien, Ziyad Jaber Rifaï. Nous sommes restés ensemble cinq jours à peu près, puis il est parti, je ne sais pas ce qu’il lui est advenu", a dit M. Mohamad. Ce Jordanien retenu en otage en Irak durant 13 jours a été libéré par ses ravisseurs le 26 octobre et s’était rendu à l’ambassade de Jordanie en Irak. "Ils m’ont demandé une rançon de 25.000 dollars pour ma libération. Je n’avais que 1.400 dollars qu’ils ont pris. La veille de la fête du Fitr (marquant la fin du Ramadan, NDLR), ils m’ont dit, nous allons te libérer, mais nous allons garder ton camion que nous vendrons pour acheter des armes", a ajouté M. Mohamad. "Je ne peux que remercier Dieu d’avoir eu la vie sauve mais la perte de mon camion est un gros coup pour moi, je n’ai plus rien", affirme-t-il, ne pouvant retenir ses larmes, encore secoué par cette expérience. M. Mohamad a dit que le jour de sa libération, il a été emmené par ses ravisseurs en taxi, à ses frais, jusqu’à la frontière irako-jordanienne. "Ils me suivaient dans une voiture", a-t-il dit, "le taxi a pris des chemins sinueux, pas l’autoroute, pour éviter les Américains. Arrivé à la frontière, j’ai téléphoné à ma femme qui est venue avec de l’argent pour payer le taxi".
Agence France-Presse 20 - 11 - 2004 |