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Les internautes tunisiens se sont méchamment pincé la peau ce lundi. Avaient-ils la berlue ? Rêvaient-ils assis devant leurs ordinateurs ? Non, trois fois non : ils ne se trompaient pas, la censure locale, cette visqueuse sangsue qui suçait avidement les libertés sur la Toile depuis l’introduction d’internet en Tunisie - en 1996 -, eh bien ! cette censure avait totalement disparu.
Totalement ? Oui, trois fois oui ! Les sites des opposants, des associations de défense des droits de l’homme, tunisiennes ou autres ? Accessibles. Le site du principal mouvement islamiste, Ennahda, mouvement pourchassé par une rageuse répression depuis quinze ans ? Accessible ! Et, tant qu’à faire, et puisqu’ils étaient aussi interdits depuis toujours, les sites pornographiques ?
A-cce-ssibles ! Puisqu’on vous le dit...
La nouvelle a évidemment fait l’effet d’une bombe dans le petit monde de la dissidence électronique tunisienne. Où les forums de discussion s’en sont emparés avec frénésie, et d’abord sur tunezine.com, grâce à « Decepticus », l’un des facétieux internautes tunisiens. Le pouvoir tunisien est-il tombé sur la tête ? Ou alors les vertus de la démocratie, vantées par la propagande locale dans un langage fleuri depuis l’avènement du président Zine el-Abidine Ben Ali (soit en... 1987), seraient-elles enfin passées d’un coma qu’on croyait dépassé à la vie la plus alerte ?
A dire vrai, nos internautes, instruits par une dure expérience (certains croupissent toujours en prison), n’osent pas se bercer d’illusions. Certains se demandent s’il ne s’agit pas d’une erreur d’un responsable technique, qui aurait appuyé par inadvertance sur le « mauvais » bouton, rétablissant la liberté sur le Net. D’autres croient que la tenue à Tunis, à la mi-novembre 2005, de la seconde phase du Sommet mondial sur la société de l’information motive ce brusque accès de liberté virtuelle.
Un peu de patience devait suffire pour vérifier ces hypothèses. En soirée, hélas ! il semblait que le rêve avait déjà pris fin, avec le retour d’une bonne vieille censure trop connue...
BAUDOUIN LOOS
(Source : le journal belge Le Soir du 25 janvier 2005) |