TUNIS (AP) - La répression s’est fortement accrue en 2004 à l’encontre des individus et organisations défendant les droits de l’Homme dans le monde,y compris dans les « vieilles démocraties », selon l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, qui a présenté son rapport annuel jeudi à Tunis.
L’Observatoire, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), fait état de 1.154 cas de défenseurs et de près de 200 organisations visés en 2004 par des actes de répression dans quelque 90 pays du monde.
Selon le document, ces chiffres, sans être exhaustifs, représentent le double de ceux enregistrés une année auparavant. »Ils sont révélateurs de la détérioration de la situation des défenseurs des droits de l’Homme et, de fait, de celle des droits de l’Homme dans le monde », note l’Observatoire.
»En 2004, la région des Amériques (centrale et latine) reste le continent le plus dangereux pour les défenseurs des droits de l’Homme. Le nombre de défenseurs assassinés ou menacés de mort y est le plus élevé », relève le rapport qui fait état également de l’augmentation des assassinats des militants dans ce domaine en Asie.
Le document dénonce, en outre, les « très fortes pressions » exercées sur les défenseurs en Afrique, soumis à des actes d’intimidation, de diffamation et de menaces récurrents, et « la restriction des libertés » en vigueur dans les pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI, qui regroupe 12 des 15 anciennes républiques soviétiques).
Pour ce qui est des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, « le droit d’ouvrer pacifiquement en faveur de réformes démocratiques, en vue de la construction d’un Etat de droit, est toujours nié (Etats du Golfe, Syrie et Libye). Le droit de créer des associations et de recevoir des fond de l’étranger est quasi-systématiquement bafoué et la liberté d’expression fait l’objet de violations flagrantes », déplore encore l’Observatoire.
Pour cet organisme, la difficulté à laquelle se heurte les défenseurs est double. Il l’attribue, d’une part, à « la montée de l’arbitraire, des inégalités sociales et des violations résultant du ’tout sécuritaire’, d’autre part, à l’érosion constante des valeurs qu’ils défendent et à la restriction de leur liberté d’expression ».
La directrice adjointe de l’OMCT, Anne-Laurence Lacroix, qui a fait le déplacement à Tunis, a dénoncé « l’aggravation » de cette situation « même dans les pays qui se disent les champions de la démocratie et des droits de l’Homme », en mentionnant notamment la situation des prisonniers de Guantanamo, le camp américain à Cuba où sont détenus des terroristes présumés en violation du droit international. Le rapport critique aussi l’attitude de la justice britannique, qui considère comme « recevables » les preuves obtenues sous la torture.
Tout comme le président de la LTDH, Mokhtar Trifi, et la présidente de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT/non reconnue), Radhia Nasraoui, Mme Lacroix a mis en cause les législations anti-terroristes adoptées depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis qui, selon les intervenants, servent de couverture aux atteintes aux droits de l’Homme et entravent les activités des défenseurs de ces droits. AP par Bouazza ben Bouazza
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