Zohra [1] fête l’unique et dernier anniversaire du généralissime en "l’An 17 du Changement"
La Presse de Tunisie fête un non événement et renvoie aux oubliettes l’épopée nationale du vrai 3 septembre, celui de 1934
Par Abdel Wahab Hani
En ces derniers jours de "l’An 17 du Changement" [2] , "La Presse de la Corée du Nord de l’Afrique du Nord" [3] adresse ses voeux chaleureux pour "un bon et heureux anniversaire" au père de la nation et maître de la destinée nationale, son excellence le généralissime rarissime président de la République d’hier, de demain, de l’après demain et de l’au delà , son excellence le Roi-Mage-Président Zin il Ab id In 1er à l’occasion de son 69e anniversaire.
L’anniversaire, cet exploit de la vie contre la mort, a aujourd’hui une toute autre signification quasi-divine, rendant compte de la misère de l’Être avant la naissance dans le lit présidentiel du Princident héritier Si-Di Moh-Am-Ed Zin-il-Ab-id-In, héritier de la dynastie républicaine et révolutionnaire du sauveur du peuple de lui même. Le trône de la Révolution novembriste n’est pas menacé de "vulnérabilité".
D’ailleurs, son excellence généralissime rarissime tsarissime ne manquera pas de déjouer les stratégies des ennemis du peuple, en veillant lui même sur "l’invulnérabilité" des institutions de la police, de la garde présidentielle, de la garde rapprochée des membres de la famille et de la moche belle famille présidentielle et de leurs biens, de la sécurité des Palais présidentiels et du cours des actions de la famille régnante à la bourse et ailleurs, dans le pays ou ailleurs, où l’argent circule, se crée et se transforme en colossales actions qui puent.
Le culte de personnalité poussé à son extrême devient délire.
Le petit père du peuple va "sacrifier son jour anniversaire au service de la nation et du bien être des tunisiennes et des tunisiens", il va chômer son jour anniversaire pour participer à l’effort national du Sursaut révolutionnaire et avant-gardiste que connaît le pays sous l’age d’or continu et ininterrompu de son ère, "oeuvre inédite de progrès et de prospéritié réalisée sous son impulsion, depuis l’avènement du Changement du 7...".
Il donne l’exemple en offrant un jour de travail, comme tous les travailleurs, à la caisse noire 26-26 et à sa soeur jumelle 21-21, tenues au secret au bon endroit bien tenues dans les comptes secrets de la Présidence. Pour casser les règles de le bureaucratie, pur produit de la rationalité moderne occidentale et pour aller plus vite dans la réalisation de son "oeuvre inédite", notre lumière nationale a décidé d’outre passer le "Plan" et le "Budget" et de solutionner le manque de liquidité pour combler les trous dans les routes, dans les esprits et dans les bourses et les poches des plus fidèles zélotes, qui s’occupent de blanchir son image auprès du peuple et des autres nations.
Au passage, son excellence généralissime rarissime "place la Tunisie à l’avant-garde" de son ère immortelle. Il la propulse à la prostérité. C’est ainsi qu’il place des Palaces et des Palaiset de la bonne viande sous le palais. Des Palais, Palais et Palais se succèdent à perte de vue, sur la côte, pour bien montrer à la rive d’en face qu’on a la côte et qu’on est des hommes, le reste du pays n’a qu’à regarder la côte pour s’enorgueillir à son tour. Le peuple est appelé à scander les slogans dessinés en mauve par le Goujat en chef : "Maâ Ben Ali ilaa al abad" (Avec Ben Ali pour l’éternité)...
Sur son "impulsion", impulsive d’un grand impulsif par ailleurs, notre petit pays fait déjà parler de lui, plus en mal qu’en bien chez nos jaloux voisins. "Les Tunisiennes et les Tunisiens sont conscients que les bienfaits de cette oeuvre sont le fruit des choix pertinents de leur Président, grand homme d’Etat aux qualités morales et exceptionnelles, dont le leadership est imprégné de méthode, de générosité et de dévouement à la Tunisie", celle de son excellence généralissime rarissime tsarissime des temps modernes.
L’école de Zohra infeste le journalisme.
Ici Radio P(h)yong Yang, traduit du Coréen du Nord de l’Afrique du Nord, du bureau de Zohra, la fleur, la rose de la propaganda de Carthage. Elle ne dort pas, elle veille à tout ce qui se dit, se chuchote et s’écrit, dans "sa" rédaction transformée en son propre lit. Elle formate le cadre et l’esprit, de la "rédaction" et des rédacteurs de se propres manies, en veillant à ce qu’ils sont bien cadrés dans le cadre béni. "Ach bik il tawwa maa dkhaltich fil qalib ya si el kazi" (Qu’est-ce que tu as espèce de merde à ne pas entrer dans le cadre !) s’est elle récemment écriée à la face d’un journaliste chevronné qui officie depuis bien avant son "arrivée" à la tête du quotidien gouvernemental !
Un Président qui propage la culture du "Mass", signe ultime de son mépris au journalisme.
Le problème de "Zohra", patronne du quotidien gouvernemental dans un régime présidentiel, est qu’elle est consciente que Zin il Ab id In 1er déteste et méprise les journaux et les journalistes, ne les lit pas et "les interdit avant même de les lire". Lui, le grand muet qui n’accorde jamais d’interviews ni de discours à l’exception des lectures pénibles que son entourage lui fait faire, il avait bien consenti de rencontrer les journalistes. Il avait alors affirmé lors de sa "sortie" généralissime rarissime face aux journalistes, après l’affaire Ben Brik, pour dire à un directeur de journal : "Mahou missou, achra ichrin dinar, taw yekteb kima t’hebb, taw ykhdim alaa rouhou". Ce qui se traduit en français par : "Touche-le avec dix ou vingt dinars et tu verras comme il va écrire ce que tu veux et travailler comme il se doit". Avec cette culture de "Mass" qui veut dire, en dialectal tunisien, rien d’autre que "corruption", le chef de l’Etat en exercice incite les directeurs de journaux à corrompre leurs journalistes !
En arabe littéraire "Al-Mass" signifie "la toucherie" ou "l’attouchement", mais le sens le plus dangereux dans notre contexte est celui de "al-jounoun", "la folie", "rendez-les fous" semble dire le généralissime rarissime Président de Zohra !
Et de "Mass" de corruption à "Mass" d’attouchements en "Mass" de folie, certains sont devenus fous. Zohra est aujourd’hui folle de son aveuglement, de sa peur que des personnes malintentionnées racontent la moindre critique au généralissime ou à son entourage, à lui ou à son épouse ou à l’un des protégés de leurs imposantes tribus. D’où son zèle, ses veillées nocturnes et ses arrivées matinales pour lire et relire tout ce qui s’écrit, pour ne pas facher les oreilles des oreilles des yeux des nez du rarissime...
Un autre anniversaire national échappe à Zohra.
On fête aujourd’hui un autre évènement national d’une portée bien plus importante que l’évènement personnel quelconque d’une vie quelconque d’un quelconque personnage. Mais Zohra a donné ses ordres orduriers pour que personne n’en parle.
Nous fêtons aujourd’hui le 71e anniversaire des évènements du 3 septembre 1934 où la répression générale battait le plein contre les leaders et les militants du Néo-Destour, fer de lance du mouvement national, ainsi que des militants communistes de confessions musulmanes et juives. Arrestations et éloignements au Sud de la Tunisie, suite au refus de la servitude de nos ancêtres les tunisiens, feu Habib Bourguiba, Mahmoud Matri, Bahri Guiga, Tahar Sfar, Mahmoud Bourguiba et les autres. Refus découlant de l’acharnement dans la défense de l’Être, de l’identité et de la souverainté nationale et non d’un quelconque chauvinisme. Les tunisiens se battaient alors contre le grand projet d’assimilation et de banalisation du fait colonial. Ils se battent aujourd’hui pour leur dignité qu sein de leur propre République.
La Presse de Zohra vit sur le rythme de la vie personnelle de son Président.
Mais Zohra n’en a cure de l’histoire nationale. Elle nous rabache les oreilles avec les événements marquants de la vie du Président : L’An 7 du changement ; l’an 69 de la naissance du président, ce 3 septembre qui a été consacré par la Propaganda jour du dépôt de la candidature plurielle de l’actuel chef de l’Etat, pour se succéder à lui même l’année dernière ; l’an 50 de la naissance de son épouse, pas la première mais celle de ses secondes noces, Leila sa bien aimée et la bien détestée du peuple, son 24 octobre est hissé en date nationale, avec deux élections présidentielles et égislatives organisées en 1999 et en 2004 en ce jour béni des Trabelsi et de leur "khomsa" ; le 21 février, naissance du garçon unique du lit présidentiel. Ainsi, comme dans le pays de Kim Il Sung, la vie de tout un peuple est rythmée par les événements personnels qui ne concernent que le Chef de l’Etat.
Pauvre misère du journalisme de "Mass" [4] au carré et au cube et à puissance "n" [5], à longueur de journée et d’occasions. Zohra peut souhaiter bon anniversaire au chef de l’Etat en exercice sans tant de zèle, qui finalement les tourne tous les deux en dérision et les ridiculise...
Paris, le 03 septembre 2005
Abdel Wahab Hani
| Bon et heureux anniversaire Monsieur le Président
Aujourd’hui, 3 septembre, est l’anniversaire du Président Zine El Abidine Ben Ali. Un
jour de fête que notre Président ne manquera pas pourtant de sacrifier
au service de la nation et du bien-être des Tunisiennes et Tunisiens.
L’uvre
inédite de progrès et de prospérité réalisée sous son impulsion, depuis
l’avènement du Changement du 7 novembre 1987, place la Tunisie à
l’avant-garde des pays ayant réussi la difficile équation entre la
promotion du développement socioéconomique et l’essor démocratique sur
fond de conciliation de nos valeurs authentiques avec les impératifs de
la modernité, ainsi que d’insertion intelligente et bien assumée dans
le processus de la mondialisation. Une uvre dont le rayonnement
dépasse largement le cadre national pour servir de modèle de
performance économique et d’exemple de développement équitable et
solidaire.
Les
Tunisiens qui récoltent, aujourd’hui, les bienfaits de cette uvre
savent que les progrès remarquables accomplis par leur pays sont le
fruit des choix pertinents et judicieux de leur Président, grand homme
d’Etat aux qualités morales et humaines exceptionnelles, dont le
leadership est imprégné autant de méthode, de générosité que de
dévouement à la Tunisie, une Tunisie plus que jamais stable, moderne et
solidaire.
Bon
et heureux anniversaire, Monsieur le Président, et tous nos vux de
bonheur et de santé afin que vous puissiez mener la Tunisie vers
davantage de progrès et d’invulnérabilité.
La Presse
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[1] Zohra Ben Romdhane est Directrice de La Presse de Tunisie
[2] "L’An 17 du changement" est le titre du dossier réalisé l’an dernier, par Zohra, dans un supplément "spécial 7 novembre", elle s’apprête à ré-éditer l’exploit dans deux mois. Kim Jong Il, fils du dictateur Kim Il Sung a décidé de changer le calendrier nord-coréen. On est désormais en l’an 95 de l’ère Kim Il Sung, pourtant décédé en 1994. Avec son décor kitch en mauve et ses jeux de sept à volonté, sous les slogans et le titre "L’An 17 du Changement", Zohra nous plonge dans l’unviers nord-coréen, d’une dictature caricaturale, mais aux abois. "un monde dont les murs sourient en permanence, mais sur lequel plane l’oeil du pouvoir" décrivait ainsi le photographe genevois Nicolas Righetti, en parlant de Corée du Nord dans son livre : « Le Dernier Paradis », Editions Olizane, Genève 2003.
« La grande force de l’univers visuel nord-coréen est d’être uniforme, homogène et répétitif », écrit Righetti dans son livre. Mais à force de se répéter, cet univers n’en devient pas moins absurde...
« Il m’a fallu retourner plusieurs fois au paradis pour réaliser que tout cela est vrai. Que ce qui est faux est aussi vrai », écrit le photographe en conclusion de sa visite guidée. Sous le vernis de sa joyeuse propagande, le « dernier paradis » paraît plus terrifiant encore qu’on ne l’imaginait...
Zohra doit bien méditer ses propos et se poser des questions sur ce qu’elle est en train de faire à la presse tunisienne. Elle doit poser sa tête face à elle, en rentrant plus tôt chez elle, un soir de vérité et de tête à tête avec son Être propre à elle...
[3] La Presse de Tunisie faisant du zèle nord-coréen. La prose de Zohra est reproduite dans l’encadré, les passages les plus significatifs de son état psychiatrique ont été mis en gras et en italique dans le texte du commentaire
[4] Remarque de TUNeZINE : ce sont donc là les "mass-medias" tunisiens !
[5] Remarque de TUNeZINE : à la puissance ’haine’
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